Librairies : on aimerait vivre et "ne pas avoir à solliciter les aides"

Clément Solym - 04.01.2012

Edition - Librairies - librairies - modèles économiques - subventions


La librairie du XIIe arrondissement, l'Alinea, était menacée d'expulsion. Un litige avec le bailleur. Comme il s'en rencontrera probablement de plus en plus dans les semaines et les mois à venir. Mais par la grâce d'une solide campagne de sensibilisation, et surtout d'une belle dose de chance, voilà que la librairie vient de retrouver un grand bol d'air...

 

Le libraire n'y croyait pas : tout a commencé par une tribune publiée dans Libération, Sale temps pour un libraire, qui inventorie, par le menu, la situation « ubuesque » dans laquelle se retrouve l'établissement. 

Ayant repris en 2005 une librairie café qui n'avait pas pu trouver son public, l'endroit a très rapidement pris une place majeure dans la vie du quartier : fournisseur des écoles, car disposant d'un gros rayon jeunesse, il propose des ateliers d'écriture et est un lieu vivant de rencontres, entre autres avec les auteurs. Mais voilà, le libraire a dû emprunter la quasi-totalité des fonds pour lancer son activité, et les charges et les intérêts - surtout de loyer (2 800 euros mensuels !) - lui ont toujours laissé des marges très faibles.

 

Le papier d'Arnaud Orain, professeur d'économie à l'Institut d'études européennes, fait mouche : la reprise dans la presse est immédiate, et aboutit à l'arrivée du ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, avec son cabinet, pour une visite. « Le ministre sortait de la visite de trois établissements, et s'est rendu dans le mien pour s'enquérir de ma situation. » Coup de bol, coup de vent, le vent qui a tourné.

 

 

« J'étais menacé d'expulsion, après plusieurs déboires avec le bailleur. Il avait engagé une procédure d'expulsion, et en dépit d'une proposition faite par mon mécène, de racheter les murs pour me fait un bail plus correct, rien n'y faisait. Il n'avait pas accepté les négociations. » Mais la presse et le ministre font changer le cours de l'histoire. Un sursis d'exécution est obtenu, et finalement, les discussions reprennent avec le bailleur. La librairie est sauvée. 

 

Petit sursis, et le temps d'un verre

 

L'établissement, certains nostalgiques et proches de la Rédaction, aujourd'hui partis dans des contrées éloignées du XVIe arrondissement, s'en souviennent comme d'une librairie dynamique, avec des rencontres nombreuses et des dédicaces régulières, « qui animaient vraiment la vie du quartier ». Eh bien, voilà qu'elle aura obtenu son sursis, comme elle l'indique dans un message envoyé à ses contacts. 

« Nous avons bon espoir qu'une issue soit trouvée avant la fin de semaine, c'est pourquoi nous maintenons notre rassemblement à la librairie vendredi 6 janvier à compter de 18 h 30 pour vous tenir informé de la possible conclusion de cette négociation et surtout pour vous remercier de votre soutien et de votre mobilisation pour le maintien de votre librairie.

 

 Nous souhaitons aussi à cette occasion vous sensibiliser aux difficultés particulières de ce secteur d'activité et interpeler les autorités publiques sur la nécessité d'engager des mesures fortes pour renforcer le maintien et le développement des librairies indépendantes. »

 

Les gens sensibles sont également invités à apporter quelque chose à boire, et à partager tous ensemble, pour fêter cette bonne nouvelle. 

 

Les problèmes demeurent

 

Mais avant de se réjouir de trop, le propriétaire de l'établissement explique à ActuaLitté combien la situation reste sensible. « Évidemment, il ne faut pas écouter que les oiseaux de mauvais augure. La hausse de la TVA, celle des loyers qui nous prennent à la gorge, en regard des marges réduites que nous avons, ce sont de vrais problèmes. La chaîne du livre nous confronte parfois à une fraternité extrêmement factice et insupportable.


Quand les éditions Gallimard annoncent 35 % de remises pour leurs livres, c'est bien, évidemment, mais c'est presque un minimum. Les distributeurs commencent à comprendre notre situation, et ainsi, Volumen ou Flammarion, semblent faire quelques efforts. Mais ce n'est pas encore miraculeux. »

 

La demande de labelisation LIR est en cours, pour L'Alinéa, et prochainement, l'établissement pourra lui aussi profiter de certaines mesures que le Centre National du Livre met en place pour venir en soutien aux librairies. « C'est forcément profitable, mais c'est compliqué d'obtenir ces subventions. Et puis, je comprends tout à fait que l'on ne puisse pas dépenser les deniers publics. Mais surtout, si ces aides peuvent servir aux librairies, nous aimerions surtout arriver à un système économique qui nous permet de ne pas avoir à solliciter les aides. »

 

Vendredi, l'heure sera à la fête. Mais les questions resteront. Les réponses attendront bien que l'on ait pris le temps de boire un verre.