Librairies, réforme des régions : la logique comptable s'applique à tous

Nicolas Gary - 08.07.2014

Edition - Economie - France Régions - librairies grossistes - appel offres


Nous avions évoqué hier la réforme des régions, qui depuis plusieurs semaines est entrée dans le carnet de route du gouvernement. L'idée d'une fusion des territoires les uns avec les autres a « un petit goût de Länder allemands », nous précise Luc Portier, écrivain et maire adjoint de Dunet, ville située dans le département de l'Indre. Hier, ce dernier avait publié une tribune dans nos colonnes, et nous avons souhaité revenir avec lui sur certains points. 

  

 amiens, librairie du labyrinthe

luiginter, CC BY NC SA 2.0

 

 

Aujourd'hui, de nombreuses associations, liées ou non au milieu du livre, assistent à une bataille entre les DRAC et les régions, autour de la Culture. « Nous assistons à un désengagement de l'État, c'est certain, avec des élus qui ne prennent plus le temps de rencontrer les responsables des organisations culturelles », nous précise l'association Text-O-Centre. 

 

Dans le même temps, ces mêmes élus sont les garants d'appels d'offres, « et ne cherchent pas à savoir à qui ils les attribuent. C'est valable pour les écoles, mais aussi pour les bibliothèques. Une ville qui croit bien faire en achetant moins cher, ou à un meilleur prix, pense qu'elle va bien faire. Et l'on nous répond souvent que l'appel d'offres est ‘aveugle' : mais entre faire travailler un commerce local et la SFL [Société française du livre, branche grossiste de la Fnac, NdR], il y a un monde », ajoute l'association. 

 

Bien entendu, on comprend les impératifs économiques, mais « dans certaines communes, l'augmentation des taxes professionnelles est une obligation, sans quoi elles mettront la clef sous la porte ». D'un côté, donc, acheter moins cher les équipements en ouvrages scolaires ou destinés aux établissements de prêt, de l'autre, voir la librairie locale dépérir, et perdre ses clients. « Le livre est attaqué de toutes parts », conclut l'association. 

 

« Si l'on ne favorise pas les librairies dans les villes, au profit des grossistes, comment peut-on dans le même temps demander de payer de nouveaux impôts ? L'argent, contrairement aux livres, ne s'imprime pas à la demande ! »

 

Librairies, régions : la logique comptable s'applique à tous

 

Or, dans cette période de fusion des Régions, de nouvelles problématiques jaillissent, c'était là le fond de la tribune de M. Portier, ancien de la maison Larousse. Une fois les départements regroupés dans des régions, lesquelles seront elles-mêmes regroupées, les complexités administratives des appels d'offres seront plus importantes. 

 

« C'est une logique comptable qui s'installe, à l'image de cette réforme : on veut réduire les dépenses, supprimer des postes doublons, mais on va donc aussi détruire de l'emploi et créer du chômage. Pour les librairies et les appels d'offres, la logique comptable est la même : les politiques raisonnent en termes financiers, exclusivement. S'il y a des économies à faire, impérativement, ils les privilégieront sur le court terme, au détriment des commerces locaux », explique Luc Portier.

 

Et de citer l'exemple de la (future ex-?) région du Poitou-Charentes, où « l'on a instauré un modèle de chèques livres pour les élèves. Cela ne se substitue pas aux appels d'offres, mais offre une solution intermédiaire, tout en ramenant en librairie ». Et cela permet de profiter « d'une discussion avec les professionnels, autant que pour eux de mettre en avant leur qualité de service ». 

 

Dans le même temps, cette présence en librairie, si elle est toujours souhaitable, rencontre une autre problématique : celle de la best-sellerisation. « Des auteurs qui croulent sous la notoriété, et que les libraires sont contraints de vendre pour payer leurs factures, cela se voit partout. Il faudrait arriver à ouvrir les yeux du public. »

 

Voeux pieux, certes, mais louable, évidemment. « C'est une réflexion au niveau national qui est nécessaire, avec des échanges interprofessionnels, également au niveau local : plutôt que d'être soumis aux réflexions politiciennes, parvenir à de réelles discussions de professionnels. Mais j'en demande peut-être un peu trop. »