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Librairies Sauramps : faire appel, “un comportement de kamikaze” du PDG

Nicolas Gary - 30.06.2017

Edition - Librairies - Sauramps librairies Furet - Sevestre Furet Sauramps - Furet Triangle Alès


Après le mouvement de grève largement suivi devant la librairie Sauramps Odyssée, où les salariés furent rejoints par leurs collègues de Triangle, la situation continue d’évoluer. En effet, conformément à ce que ActuaLitté annonçait, le futur ex-PDG Jean-Marie Sevestre se lance dans une procédure d’appel. « Une démarche suicidaire », dit-on. 



 

« Jean-Marie Sevestre a décidé de faire appel de la décision du Tribunal de Commerce et prépare le dossier avec les avocats », apprend-on. Un premier rendez-vous avec le préfet est prévu ce 30 juin, un second doit intervenir le 3 juillet avec le procureur de la République, qui « ensuite décidera de son propre recours ». L’information fait peur, parce que « la démarche est suicidaire ».

Le Groupe Amétis se proposait en effet de conserver l’ensemble des sites et 94 des 119 employés, soit près de 80 % des emplois. Le furet du Nord, lui, ne gardait que 57 employés. « C’est 62 postes qui sont supprimés, soit 52 % des effectifs licenciés », rappelaient hier les salariés. Dans sa décision, le tribunal n’avait pas fait dans la dentelle. La société Amétis disposait certes d’une capacité économique importante, mais « le manque de connaissances indispensables au métier de libraire apparaît comme un handicap majeur ». Et d'avoir alors privilégié « la mise en place rapide d’une stratégie dont l’efficacité est prouvée ».
 

Un comportement kamikaze...

 

En dépit de ce que le mandataire a manifestement pu expliquer, le PDG « est décidé », conscient ou non des risques encourus. « Le problème est que si le parquet suit, il y a immédiatement une clause suspensive, qui met en danger directement les deux autres établissements », note-t-on. En effet, le sort de Sauramps Odyssée est désormais scellé, mais, pour Triangle et Alès, la situation pourrait devenir tendue.

 

En cas d’avis suspensif, les finances déjà atteintes pourraient être mises en danger. « Il n’y a plus d’argent, et aucun éditeur ne lèvera le petit doigt en l’état. C’est un comportement de kamikaze que Jean-Marie Sevestre adopte », poursuit un observateur. Et pour cause : si pour les charges courantes, les comptes sont suffisants, la véritable difficulté vient de ce que, dans un mois, les marchés scolaires et ceux de la Région vont arriver. « Il faudra commander les livres et, pour ce type de contrat, il n’y a pas d’encours, et les achats nécessitent des liquidités immédiates. »

 


 

Si le Tribunal devait suivre l’appel, la nouvelle décision pourrait prendre jusqu’à un mois. « Ça ne tiendra pas pour Triangle et Alès. » D'autant plus que, avant que le Tribunal ne rende sa décision, le PDG avait dénigré la viabilité de l'établissement Odyssée, considérant presque ce développement de l'entreprise comme une erreur. Jean-Marie Sevestre ne nous a toujours pas répondu.

 

Alors, évidemment, la démarche peut nourrir l’espoir des salariés, mais en vain, dans les faits. « Odyssée est en cours de liquidation, puisque le périmètre qui n’est pas repris est directement confié au liquidateur. La décision de Sevestre est complexe tant sur le fond que sur la forme. Et puis, repartir avec l’ancienne équipe dirigeante... c’est insensé. »

 

L’intervention, hier, de la ministre de la Culture a d’ailleurs participé à jeter un peu d’huile sur le feu. Constatant que l’offre de reprise du mieux-disant n’avait pas été retenue, Françoise Nyssen soulignait que son ministère ne pouvait rien faire devant une décision judiciaire. Mais elle ajoutait : « Les emplois, c’est aussi fondamental, surtout qu’il s’agit de gens qui ont à cœur cette mission presque publique de défendre la culture, de défendre le livre. Il faut prendre cela en compte et voir comment cela sera traité. »
 

Se mettre en ordre de marche désormais

 

Évidemment, on grogne du côté du Furet, regrettant que ce commentaire n’entretienne en vain l’espoir des salariés. « La situation de Sauramps, on la doit au PDG », relève Pierre Coursières, patron du Furet du Nord. « Voilà deux ans, nous avions proposé d’aider Jean-Marie Sevestre à renégocier le bail de Klépierre, pour l’établissement Odyssée, mais nous n’avions jamais eu de retour. La proposition n’était pas même intéressée de notre part, mais le PDG ne nous a jamais répondu. »

 

Attendu que dès le 1er juillet, Furet devient propriétaire de Sauramps, Alès et Triangle, la direction entend se mettre au travail rapidement. « Nous allons reprendre les négociations pour le bail de Triangle, qui avaient déjà bien avancé avant la décision du tribunal. Ensuite, il nous faut prendre rendez-vous avec la mairie, pour obtenir un moratoire et le lancement de travaux pour la mise aux normes de l’établissement. »

 

Selon nos informations, un très important libraire du Sud-Ouest, entre deux cannelés, aurait salué la reprise de Sauramps par Furet. « Bien sûr, ce sera une offre dégradée, et socialement lourde, mais, au niveau professionnel, c’est sans mesure. » 

Mise à jour : 
 

Pour autant, les salariés sont bien décidés à se défendre. Une pétition vient d’être lancée, qui vise à sensibiliser l’ensemble des acteurs à la démarche du PDG.
 

La décision vient de tomber, le tribunal de commerce de Montpellier vient de décider d'accorder la reprise d'activité de l'enseigne Sauramps au groupe Le Furet, plutôt qu'au repreneur local François Fontès. Cette décision impactant directement le nombre d'emplois avec de nombreuses suppressions de postes entraine la fermeture de la boutique SAURAMPS ODYSSEUM. La décision du tribunal est incompréhensible, c'est pourquoi cette pétition a pour but de faire infléchir la décision du tribunal afin qu'une offre raisonnable soit proposée aux employé(e)s des magasins Sauramps. Faites tourner et partager un maximum !

 

On retrouvera la pétition à cette adresse, qui arécolté plus d'une centaine de signature à l'heure de notre mise en ligne. « Il est important de maintenir l’emploi ainsi qu’une grande librairie en ville. Chaque fois qu’une librairie ferme, c’est avec elle un lieu de culture qui disparaît », assure cependant le maire de Montpellier, Philippe Saurel. Un soutien vis-à-vis des salariés qui ne pourra pas grand-chose de plus. 

Une manifestation est également prévue pour le 1er juillet, avec un départ de la librairie Triangle, et un grand déplacement dans le centre-ville.