Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

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EXCLUSIF – Au centre des attentions, depuis plusieurs semaines, la vente des librairies Sauramps à Montpellier suscitait l’intérêt de deux repreneurs. Depuis fin janvier, un seul reste en lice. Mais le porteur de l’autre offre de rachat évoque une « instrumentalisation » des négociations.

 

Montpellier, Place de la Comédie

Peter, CC BY 2.0

 

 

Un document accablant dont ActuaLitté a pris connaissance met sérieusement en cause le comportement du PDG des librairies Sauramps, Jean-Marie Sevestre. Deux candidats s’étaient manifestés pour la reprise des établissements, Benoît Bougerol propriétaire de La Maison du Livre à Rodez et Matthieu de Montchalin, PDG de la librairie l’Armitière à Rouen. Seul le second est aujourd’hui retenu, sans être parvenu à convaincre les représentants du personnel.

 

"Faire-valoir", "instrumentalisé"

 

Cependant, Benoît Bougerol estime avoir été utilisé « en faire-valoir dans [les] négociations avec le porteur de l’offre concurrente ». Il souligne avoir « rencontré des difficultés qui se sont accumulées » au fil des démarches entreprises.

 

Loin de s’être retiré de la transaction, le libraire aurait plutôt été poussé vers la sortie. Il constate ainsi que les mesures « présentées comme actées » par Jean-Marie Sevestre, pour faciliter le rachat « n’ont pas été mises en œuvre, laissant en plan de nombreux chantiers urgents et coûteux ».

 

En dépit des multiples efforts évoqués, « [n]ous avons un sentiment amer d’être instrumentalisés de manière inacceptable ». Et de souligner que la volonté « quasi déclarée de la majorité des actionnaires de ne pas accepter notre offre, malgré nos prises de risques, ne peut pas nous permettre de continuer dans ce processus ».

 

Autant il est compréhensible que vous n’acceptiez pas notre offre, que vous considériez que son montant est trop faible, ou plus faible que celui de l’offre concurrente, autant cela aurait-il pu être fait simplement, sans dénigrement ni instrumentalisation.

Benoît Bougerol    

 

 

« Nous constatons, comme nous le pressentions dans nos derniers échanges, que la décision de choisir l’offre concurrente à la nôtre est déjà très avancée pour deux actionnaires sur trois depuis plusieurs jours », poursuit le président de la SAS Maison du Livre.

 

Il pointe que la situation est instaurée « au grand bonheur de notre concurrent qui ne cesse de se répandre à ce sujet, de manière diffuse et peu prudente ». Avec pour unique alternative de déclarer son offre « désormais caduque ».

 

Nous ne sommes pas présents sur le dossier pour faire monter les enchères, ou servir de marchepied à notre concurrent, avec la passivité bienveillante d’une partie des actionnaires.

Benoît Bougerol   

 

 

Quand on songe que la vente s’effectuera avec les aides du Centre national du livre ou de l’ADELC, ces différents éléments laissent entendre que les négociations n’ont définitivement pas été transparentes. Les représentants du personnel avaient demandé à ce que leur soient fournies les deux offres, sans jamais obtenir gain de cause. Voilà de quoi s’interroger sur la partialité du traitement et répondre en partie aux salariés.

 

« Pourquoi avoir fait traîner, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus qu’une seule offre de reprise ? », dénonçaient-ils, estimant que « [p]lus rien n’est fait dans les règles ».