Licenciement de correcteurs : c'est tout le métier qui est en danger

Clément Solym - 15.09.2010

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C'est dans des circonstances assez étranges que nous avons appris le licenciement de plusieurs correcteurs jusqu'à lors employé par la maison Harlequin. Mais les personnes n'ont pas décidé d'en rester là et assignent leur ancien employeur aux prud'hommes...

L'affaire est d'envergure, mais surtout à la hauteur des récriminations. En plusieurs points les employés démontrent que l'entreprise les a tout simplement exploités dans leur travail, avec « 20 % de moins que votre salaire réel, et de ne pas percevoir les primes accordées à toutes les autres » personnes.

Un travail très mal payé

Éditions Harlequin est aujourd'hui une joint-venture entre Torstar, société de médias et Hachette Livre, l'entreprise représente aujourd'hui 10 millions de livres vendus et plusieurs « dizaines de millions € de chiffre d'affaires annuels ». Dans ces conditions, demandent les correcteurs, estime possible d'accéder que la direction « suite à un accord d’entreprise, refuse le rattrapage rétroactif de vos rémunérations ».


Depuis mai dernier que cette histoire a commencé à éclabousser, plusieurs témoignages se sont succédé. Ainsi, chez Rue89, on pouvait lire que les conditions de travail étaient passablement catastrophiques. « En 2009 notre taux horaire était de 9,61 euros brut, mais en réalité, si on ne prend pas en compte les espaces on tombe à 8 euros brut de l'heure, soit largement en dessous du SMIC. Aucune autre maison d'édition n'a ce genre de pratique. »

Le métier en danger

L'affaire sera examinée par le Bureau de jugement en février 2011, mais Anne Hébrard, du syndicat des correcteurs estime que cette situation, qui se généralise pose de véritables problèmes. « C'est tout un métier qui est en danger », assure-t-elle.

Toute cette procédure est donc actuellement en stand-by, mais surtout, chacune des parties attend le verdict. « La conciliation est possible, bien sûr, mais l'affaire est observée par toute l'édition. La situation est inédite : voilà 20 ans que les correcteurs ne se sont pas manifestés et depuis tout ce temps, jamais une telle rébellion ne s'est organisée dans ce secteur. »

Évidemment, la position de ces personnes est tendue. Étant Travailleur À Domicile, TAD, leur isolement « a rendu facile le fait de pour monter les personnes qui travaillent dans les maisons d'édition contre eux. Quand une partie des employés de la société pour laquelle vous travaillez est contre vous, c'est facile de faire accepter des conditions intolérables ».

Silence radio du SNE

En mars dernier, les TAD de l'édition avaient tenté de faire valoir leurs revendications, sous l'impulsion de la CGT. Une manifestation s'était organisée devant les bureaux du SNE, mais rien n'a progressé.

Et depuis, le syndicat a-t-il reçu de la part du nouveau président Antoine Gallimard, une forme de soutien ? « Vous savez, le président est aussi à la tête de la maison Gallimard qui a eu quelques soucis avec la justice, justement sur ces questions. En juillet 2004, il a été condamné en sa qualité de PDG des éditions Gallimard, pour exécution d'un travail dissimulé par personne morale, entre février 1999 et février 2002. La maison a dû verser 5000 €. Alors, président du SNE, il n'évoque pas trop le sujet. »

Des enjeux importants, pour conserver une qualité des ouvrages...