Licenciements à la Bibliothèque nationale d'Argentine : 400 intellectuels unis

Joséphine Leroy - 13.04.2016

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La Bibliothèque nationale de la République argentine avait initié, fin mars, une vague de licenciements sans précédent. 240 fonctionnaires devaient plier bagage et quitter leurs emplois. En réaction, 400 intellectuels ont signé une pétition titrée « Non au démantèlement de la Bibliothèque nationale en Argentine ». Sont concernés « 25 % du nombre total d’employés », selon Diego Martinez, le porte-parole d’un syndicat argentin. Les employés en question auraient appris leur licenciement par télégramme. 

 

La vida no te enseña a leer

(Ignacio Sanz / CC BY-SA 2.0)

 

 

La pétition a déjà été signée par des centaines d’intellectuels à travers le monde, parmi lesquels J.M. Coetzee, prix Nobel de littérature en 2003, le philosophe français Alain Badiou ou encore l’économiste et ancien ministre grec Yanis Varoufakis. Ils expriment leur solidarité avec les salariés licenciés : « Nous autres signataires de la présente lettre, voudrions exprimer notre préoccupation face aux événements qui se sont produits à la Bibliothèque Nationale de la République argentine », lit-on dès le début de la pétition. 

 

« Dans les dernières années, cet organisme public a préservé, enrichi, numérisé, catalogué, diffusé son patrimoine, augmenté d’une manière substantielle son nombre de lecteurs, dans une gestion à la fois culturelle et bibliothécologique qui a été reconnue par les universitaires, les intellectuels, les chercheurs, écrivains, lecteurs et usagers des plus diverses sensibilités », poursuit le collectif. 

 

« Le préjudice causé à la culture et à la vie institutionnelle peut être considérable. Pour cette raison, nous nous manifestons en faveur de la Bibliothèque nationale de la République argentine et pour sa conservation, sa stimulation et sa production culturelles, son rôle de gardienne de la mémoire des écrits et de la liberté de pensée, des défis qui ne sauraient être relevés sans les employés. »  

 

Quel avenir pour l'institution ? 

 

L’institution a diversifié ses activités, notamment par la création de la bibliothèque numérique et le Musée du Livre, comme le notait Maria Pia Lopez, ancienne directrice du Musée du Livre et du Langage à la Bibliothèque nationale. « Les renvois vont compliquer le fonctionnement des opérations et, dans certains cas, rendront même impossibles certaines taches », expliquait-elle. Elle ajoutait, par ailleurs, que l’actuelle directrice en poste, Elsa Barber, aurait fait l’objet de vives critiques en interne. 

 

La lettre a également soulevé des doutes sur le programme prévu par le futur directeur de la Bibliothèque, l’écrivain Alberto Manguel. Sous forme d’adresse, les intellectuels s’interrogent sur l’avenir de l’institution : « De quoi le projet est-il le nom ? La préservation institutionnelle de la Bibliothèque ou son démantèlement ? » 

 

Une mesure dans la droite lignée du projet gouvernemental 

 

Le 5 avril, le gouvernement argentin a indiqué que, depuis l’élection de Mauricio Macri le 22 novembre 2015, il y avait eu 10.921 licenciements dans l’administration publique. Ces licenciements s’inscrivent dans la ligne droite du programme de compression budgétaire prévu par le nouveau gouvernement. 

 

Peu après, le gouvernement aurait promis la réembauche de 30 licenciés, selon La Nacion. En théorie, il prévoit de les réorienter vers les archives, le Musée du Livre et de la Langue, l’édition et le numérique. 

 

Cette annonce ne convainc pas les signataires, qui continuent à mener campagne pour la préservation de l'institution. 

 

 

(via La Nacion, Sputnik NewsLe Monde