Licenciements "sans motif" dans une maison d’édition, les auteurs s’indignent

Camille Cado - 12.02.2020

Edition - International - licenciement maison édition - presses universitaires - lettre ouverte auteurs


Le 7 février 2020, trois cadres supérieurs qui œuvraient depuis de longues dates pour la maison d’édition de l’université de Wayne State (Détroit, Michigan) ont été licenciés, avec effet immédiat. Ces changements de gestion, dont les raisons restent pour le moment assez obscures, ont fait l’effet d’une bombe dans le milieu éditorial. Plus de 60 auteurs ont ainsi signé une lettre ouverte, réclamant la réintégration de ces employés.
 
Photo d'illustration : Gerd Altmann, Pixabay license


Vendredi dernier, les trois employées des presses universitaires de Wayne State ont été démises de leurs fonctions : Annie Martin (directrice éditoriale), Kristin Harpster (responsable éditorial, design et production) ainsi qu’Emily Nowak (directrice marketing et ventes).

Après avoir été convoquées à une réunion les informant qu’elles étaient licenciées avec effet immédiat, ces trois cadres supérieurs ont été reconduites à l’extérieur du bâtiment de l’université par la police du campus. 

La directrice intérimaire de Wayne State University Press (WSUP), Tara Reeser, a expliqué sa décision auprès de Publishers Weekly, en ces mots : « L’édition va de l’avant, et nous avons la ferme intention de continuer à respecter nos engagements auprès des auteurs, des lecteurs, des partisans et de toutes les autres personnes impliquées dans les presses universitaires de Wayne State. »

Dans le communiqué adressé aux autres salariés, Tara Reeser souligne que ces changements de gestion ont été effectués « après un examen minutieux et approfondi à tous les niveaux. » Des déclarations plutôt vagues qui ont laissé pantois plus d’un destinataire. 
 

Sous tutelle des bibliothèques, quel avenir pour les presses universitaires ?


Kathryn Wildfong, ancienne directrice de la maison à la retraite depuis octobre dernier, a remercié les trois employées licenciées pour leur travail « incroyable », les décrivant comme « le cœur des presses universitaires de Wayne State ». 

Et d’ajouter : « Je m’inquiète pour l’avenir de la maison. Ces licenciements sont une première étape avant de fermer les presses universitaires de l’établissement, ou du moins pour les transformer en les mettant davantage sous le contrôle de la bibliothèque.»

Une crainte que partagent bien d'autres salariés. Et pour cause : depuis l’arrivée de Tara Reeser à la tête de la maison, WSUP a été rattaché à son système de bibliothèques et à son responsable, Jon Cawthorne. Une situation que condamnent les auteurs, les critiques, les universitaires, ainsi que Jane Ferreyra (dernière directrice permanente de WSUP) dans une lettre ouverte publiée ce mardi 11 février. 

Derrière ces licenciements et la mise sous tutelle des bibliothèques de l’universitaire, les signataires redoutent une transformation de la maison totalement en numérique – notamment parce que Jon Cawthorne est connu pour être un ardent défenseur de l’édition numérique. 

Depuis son arrivée à l’université en 2017, il a initié la création de Digital Publishing Institute (DPI), une plateforme où les ressources pédagogiques, les manuels scolaires et autres publications de la maison sont disponibles en libre accès. 
 

Une soixantaine d’auteurs scandalisés


« Nous écrivons pour exprimer notre choc et notre colère face à ce qui équivaut à la destruction de cette vénérable institution », peut-on lire dans leur lettre ouverte. Les signataires condamnent la gouvernance du réseau des bibliothèques de l’université et l'incriminent du licenciement des trois employées. 

Ils pointent une « maison d’édition universitaire vidée de son personnel sans réelle expertise éditoriale », ce qui compromet sa « capacité à fonctionner », tout en portant « gravement atteinte à sa réputation ». La lettre affirme qu’une pareille décision constitue « un abus de confiance envers les auteurs qui ont tissé des liens et servi d’ambassadeurs, mais aussi envers la communauté universitaire plus largement ».

L’autrice Rachel Harris, dont le dernier livre a été publié par la maison, a déclaré que cela pouvait affecter la volonté des écrivains à présenter leurs œuvres aux presses universitaires de l’établissement. « Quand nous choisissons où nous voulons être publiés, beaucoup de considérations entrent en compte » dont la réputation.

« Je n’aime pas les institutions qui traitent les gens de cette façon. Et je ne veux pas faire partie de cela » a expliqué à son tour Michael Delp qui publie ces ouvrages avec WSUP depuis 1976.

L’auteur Bruce Miller qui travaille avec la Wayne State Press depuis 20 ans, a tenu à souligner : « C’est très inhabituel qu’une telle chose se produise dans le monde de la presse universitaire. Nous devons en savoir plus sur la vision de Jon Cawthorne, car c’est lui qui prend les décisions ici ». 
 

Les signataires demandent ainsi un renversement de la présente décision, avec la réintégration immédiate d’Annie Martin, Kristin Harpster et Emily Nowak. L’avocate qui représente les trois employées licenciées a affirmé qu’elles étaient « toujours choquées par leur licenciement, parce que cela est arrivé sans motif ni explications ». Ajoutant : « Elles sont vraiment inquiètes pour les auteurs qu’elles suivent et soutiennent depuis des années. » 

Si Jon Cawthorne n’a pas souhaité s’exprimer sur la déferlante, Matthew Lockwood, directeur de la communication de l’université a déclaré : « WSUP continuera à fonctionner et à publier des ouvrages comme elle le fait depuis plus de 75 ans. Nos presses universitaires ont conclu des contrats avec des auteurs jusqu’en 2022. Une réduction ou un ralentissement de son calendrier de publication ne sont pas prévus. »



Commentaires
My book on the Jewish Labor Committee has been accepted for publication at WSUP. It is on the agenda for publication under Annie Martin's editorial responsibility. I am stunned by the recent decision taken against her and two of her colleagues. I hope it does not interrupt the publication program. But I am really worried at the future of this press wwhich has a long record of excellent publications. Catherine Collomp (Université Paris Diderot, France)
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.