Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Limiter l'accès des prisonniers aux livres : "un acte dégoûtant"

Clément Solym - 26.03.2014

Edition - International - prison - livres - interdiction


Le Secrétaire d'État britannique à la Justice Chris Grayling attire l'attention des auteurs, qui se remontent les manches. La décision de limiter l'envoi de livres dans les prisons, sous certaines conditions, ne plaît pas du tout aux écrivains du pays. Une fronde emportée par des grands noms de la littérature outre-Manche a décidé de faire reculer le politique. La « fin de la justice douce », qui passe par une pareille discrimination, ça reste un peu en travers de la gorge…

 

 

Jail cells at the Southborough Police Station

my_southborough, CC BY ND 2.0

 

 

Les détenus britanniques n'auront pas le droit de recevoir de colis du monde extérieur, sinon dans le cadre de récompenses pour bonne conduite. Seul un comportement irréprochable permettra de lever cette interdiction - une approche répressive probablement intelligente. Mais que les écrivains et les universitaires supportent mal. Des romanciers comme Hari Kunzru et Joanne Harris, Salman Rushdie ou Philip Pullman, pour qui il s'agit « « de l'un des actes les plus dégoûtants, déplorables et de vengeance d'un gouvernement barbare ».

 

Interdire aux membres d'une famille d'expédier de petits colis à un prisonnier, c'est tout de même fort : « Les livres représentent une bouée de sauvetage derrière les barreaux, une manière de nourrir l'esprit et de remplir les nombreuses heures que les détenus passent enfermés dans leur cellule. Dans cet environnement où ils n'ont pas accès à internet et à des services de bibliothèques illimités, les livres deviennent d'autant plus importants », écrivent les signataires d'une lettre ouverte. (Alan Bennett , Sir Salman Rushdie , Julian Barnes , Ian McEwan , Carol Ann Duffy , Sir David Hare , Mark Haddon , Philip Pullman , Irvine Welsh , Nick Hornby , Ian Rankin , Joanne Harris et Ruth Padel)

 

Et d'exhorter les pouvoirs publics à reconsidérer leur décision, alors que dans le même temps, une pétition a été dégainée pour faire reculer le Secrétaire d'État. Ian Rankin témoigne : « Pour visiter des prisons et parler à des prisonniers, je sais à quel point les livres sont cruciaux, dans la promotion de la littérature et le lien que les prisonniers entretiennent avec la société. »

 

Face à cette levée de boucliers, Chris Grayling a tenu à répondre : « Les restrictions d'accès aux colis pour les prisonniers sont nécessaires, pour limiter la capacité des délinquants à se procurer de la drogue et de marchandises de contrebande. Les prisonniers ont toujours bénéficié et continuent de jouir de leurs doigts d'accès à tous les livres disponibles au travers des services de bibliothèques publiques locales, qui présentent un service complet à l'ensemble de nos prisons. Si les titres ne peuvent pas être disponibles, ils sont commandés, comme d'habitude. »

 

Sauf que la santé des bibliothèques dans le pays n'est pas non plus au beau fixe : de nombreuses fermetures, des coupures de budgets en pagaille… Au point que les établissements sont contraints de faire appel à des bénévoles, pour pallier la disparition des postes. Pourtant, David Cameron soutiendrait pleinement l'action de son Secrétaire. 

 

Et pour répondre aux auteurs qui ont décidé d'attaquer le gouvernement, des services pénitenciers expliquent que les livres peuvent être des véhicules faciles pour la transmission de drogue. À plusieurs reprises, des établissements ont intercepté des colis où des livres étaient chargés de cocaïne.