Liquidation amiable de Calibre : la petite édition, couteau sous la gorge ?

Clément Solym - 28.06.2011

Edition - Justice - liquidation - calibre - editeur


Début mai, la structure de distribution lancée par le Syndicat National de l'Edition et Syndicat de la Librairie Française avait pris un méchant coup dans l'aile. Et pour cause : l'établissement Calibre était mis en liquidation amiable, avec recherche d'une solution de reprise.

Créé en 2006, Calibre était pourtant bien utile : les petits éditeurs pouvaient passer par son service, et ils étaient 120 à en profiter pour que leurs ouvrages se retrouvent dans les librairies. Cependant, la cessation d'activité en 2009 du CELF, le Centre d'Exportation du Livre Français, avait déjà frappé fort. Et fait mal. Inéluctablement, disent certains, Calibre n'a « pas pu atteindre ses objectifs économiques », déploraient alors le SNE et le SLF.

Arrêter les frais

Ainsi, les deux syndicats ont alors décidé, « dans l’intérêt prioritaire des éditeurs et des libraires qu’ils représentent », de mettre en liquidation à l'amiable la société. Sans pour autant lâcher la petite édition ni la librairie. Et surtout, avec l'espoir de trouver une solution permettant la reprise de l'activité.


« Le SNE est fortement engagé au service de la petite édition : 40% de nos adhérents sont au niveau de la cotisation minimale forfaitaire et pratiquement tous nos nouveaux adhérents depuis 3 ans sont de petites maisons d’édition indépendantes, de création récente », expliquait alors Antoine Gallimard, président du SNE. (voir CRL)

C'est alors qu'est arrivé la société Pollen, dont Me Didier, liquidateur de Calibre a finalement accepté la candidature pour la reprise, après examen des offres. Benoît Vaillant, son représentant, a su remporter la mise, attendu que Pollen « dispose en outre des plateformes logistiques et des outils techniques lui permettant d’assurer sans délai la reprise de l’activité ». (via SNE)

On s'était dit rendez-vous dans 10 ans...

La suite des événements, elle sera connue le 5 juillet prochain. Me Isabelle Didier a en effet invité les éditeurs concernés par la situation actuelle à une réunion « pour faire le point ». « Nous sommes, les uns et les autres, confrontés à une situation complexe, que nous tentons de dénouer de façon successive, de manière à limiter le préjudice que les uns et les autres pourriez rencontrer », explique-t-elle dans un courrier du 23 juin dont ActuaLitté s'est procuré copie.

L'attribution de la reprise du marché par Pollen ne va en effet pas se faire sans quelques douleurs. En effet, la société « n'a pas repris d'engagements sur le passé à l'exception de la gestion des retours et n'est donc pas concernée par les dettes antérieures de Calibre », peut-on lire. L'alternative qui est proposée ne laisse pas vraiment de marge de négociation :


Et Me Didier de poursuivre : « En effet, dans l'hypothèse d'une liquidation judiciaire, le liquidateur devra recouvrer les créances pour arriver à faire face à l'ensemble des dettes. Je vous laisse imaginer l'inertie qui sera celle des débiteurs qui doivent aujourd'hui plus de 200K€ à Calibre. » Qui a dit 'Joyeux' ?

« Cela aura un impact dramatique sur le taux de recouvrement de ces sommes et donc sur la capacité à désintéresser les créanciers dont vous êtes. »

Avant de conclure : « Aussi, compte tenu de mon expérience en la matière, je suis en mesure de vous assurer que le pourcentage d'apurement de 50 % qui vous est proposé amiablement à quoi s'ajoute le règlement des factures postérieures à la liquidation amiable est satisfaisant, en comparaison, bien entendu, avec le traitement qui vous serait proposé dans le cadre d'une liquidation judiciaire. »

En somme, il va falloir s'asseoir sur une partie de l'argent qu'on leur doit...

Nous devrions obtenir de plus amples informations dès demain.