Liquidation autorisée pour la librairie Gibert Joseph à Clermont-Ferrand

Nicolas Gary - 03.06.2020

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Au terme d’une audience où les dirigeants se sont entendus reprocher des solutions radicales, le juge du tribunal de commerce a renvoyé les parties au 3 juin pour son verdict. Pour les 14 salariés de la librairie Gibert Joseph, troisième établissement que le groupe voulait placer en liquidation judiciaire, c’est la consternation.

Gibert Joseph Clermont-Ferrand
 

Pour les 14 salariés de la librairie, l’annonce d’une mise en liquidation judiciaire faisait l’effet d’une claque. Les deux autres commerces du groupe à Aubergenville et Chalon-sur-Saône avaient obtenu leur jugement le 28 mai. Pour la première, fin de partie, pour la seconde, un délai d’un mois, reconductible, le temps de trouver un possible repreneur. 
 

Un tribunal à l'écoute


L’audience de Clermont-Ferrand n’aura pas nécessairement tourné comme l’attendait le groupe. Le procureur avait de toute manière affirmé qu’il s’opposerait à la liquidation. Il avait d’ailleurs souligné que d’autres procédures auraient pu être déclenchées — comme le redressement judiciaire, moins écrasant socialement.

La direction expliquait finalement à La Montagne : « Tous les commerces de France ont été impactés par cette situation. Quand vous avez tous les samedis qui sont touchés par les difficultés liées aux Gilets jaunes. Quand vous avez un mois de décembre aussi impacté par les grèves des transports. Et quand vous avez deux mois sans aucun chiffre d’affaires et que vous avez des stocks à financer, comment faites-vous quand vous n’avez plus de trésorerie ? Et bien vous êtes dans la situation qui est la nôtre. »

Situation exceptionnelle, donc, justifiant la procédure, alors que le groupe a soutenu économiquement les structures « depuis de nombreuses années et ce n’est pas une fermeture qui s’est imposée par le confinement, mais par le manque de trésorerie qui est le nôtre aujourd’hui ». 

L’interrogation venait du fait que la directrice de la librairie de Clermont était partie en début d’année, et que le groupe avait fini par entreprendre de recruter un remplaçant. Une démarche en contradiction avec la perspective d’une fermeture d’établissement. 

« Pourquoi, aucun recours en justice n’a été déposé si l’entreprise allait si mal ? », interrogeait Jean-Philippe Baré auprès de France Bleu. « On espère que ces contradictions plaident en notre faveur. Si déjà on pouvait transformer cette liquidation en redressement judiciaire ce serait déjà bien », ajoutait-il, avec quelques réserves.
 

Et le verdict tomba 


« En regard des débats, on ne comprend pas : les arguments du groupe ont été balayés soigneusement durant l’audience », nous confie un salarié du groupe. Et pourtant, la liquidation est autorisée, avec malgré tout deux mois de sursis pour l’établissement. « Le procureur s’oppose à la liquidation, s’y opposait durant l’audience d’hier, on ne comprend pas pourquoi le tribunal finit par l’autoriser. »

Dans ses conclusions, consultées par ActuaLitté, le tribunal aura rejeté l’idée de créer une SCOP — comme ce fut le cas en son temps pour la librairie Les Volcans, à Clermont — considérant que « ce montage paraît difficilement transposable dans le cas de la société ». 

De son côté, le procureur « estime qu’il est maladroit de la part des dirigeants de la société CLERLIP et de son groupe d’avoir déposé une demande directe de liquidation judiciaire ». Et ce « sans avoir tenté de redresser sa situation en utilisant les procédures préventives instituées par la loi de sauvegarde des entreprises ». 

De même, il s’étonne de ce que l’entreprise ait « décidé de recruter un nouveau directeur avant la crise sanitaire », et finalement choisisse un modèle de liquidation, « entraînant de facto le licenciement de ses salariés ». 

En somme, « à part mettre de l’argent dans cette société, on n’a pas tenté grand-chose ». Et que mettre un administrateur judiciaire dans le rôle du trouveur de solution semblerait déplacé. Il concluait alors en défaveur d’une liquidation, et soulignait qu’un redressement judiciaire permettrait « d’éviter une casse sociale ». 

Pour autant, le tribunal aura posé les résultats : 2,017 millions € de chiffre d’affaires, un actif de 2645 € et un passif exigible de 92.455 € — le passif à échoir se monte à 2,117 millions €. Mais s’il partage les regrets du procureur, le tribunal pointe « les résultats globaux du groupe [qui font] état de résultats déficitaires ». Et plus encore « de sa stratégie d’urgence nécessitant la fermeture ou la cession de trois de ses filiales ». 

L’activité sera donc poursuivie durant deux mois, et les offres de reprises doivent parvenir au liquidateur avant le 30 juin. 

 
photo : ActuaLitté CC BY SA 2.0

Dossier -  Liquidation, prudence, salariés : les librairies Gibert Joseph en question


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