LIR : les députés montent au créneau pour défendre la librairie labellisée

Victor De Sepausy - 14.12.2017

Edition - Librairies - Label LIR librairies - amendement commission finances - députés librairie indépendante


Exonérer les librairies de certaines taxes, d’accord, mais pas question de généraliser cette démarche. Pas moins de quatre amendements, portés par une foule de députés remontés, attendaient le projet de loi de Finances 2018 sur le sujet. La commission des Finances a fait le nécessaire pour supprimer l’amendement introduit au Sénat. 

 

Librairies à Bordeaux
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

« Supprimer cet amendement », ont signé d’une seule voix, mais avec des arguments sensiblement identiques, les quelque 35 députés. Et fort logiquement, lors de la réunion de la Commission des finances, l’amendement du Sénat, visant à élargir l’exonération de taxes réservée aux librairies labellisées LIR, a été tiré à boulets rouges. (voir les amendements)

 

Le groupe Nouvelle gauche « tient à préserver l’esprit et l’objectif du label LIR ». La position est identique pour Patrick Mignola, (MDA) qui souligne : « Si cet article n’était pas supprimé, il risquerait d’entraîner l’annulation d’une part importante des exonérations qui s’appliquent aujourd’hui, les collectivités ne pouvant supporter un accroissement massif de la charge financière correspondant à l’exonération de grandes surfaces. L’élargissement du label à ces dernières menace donc un grand nombre de librairies indépendantes dont l’équilibre financier dépend souvent de cette exonération. »

 

Gérard Cherpion et Véronique Louwagie (LR) ne disent pas non plus autre chose : « Alors que personne ne conteste l’utilité de défendre l’ensemble des librairies, petites ou grandes, cet article risque de fragiliser les plus fragiles sans véritablement renforcer les autres. » Joël Giraud, également LR et rapporteur général, allait dans le même sens. 

 

En séance, c’est d’ailleurs Mme Louwagie qui interviendra pour défendre son amendement de suppression de l’amendement introduit au sénat. 

 

Ce dernier, rappelle-t-elle, portait sur « les conditions d’obtention du label Librairie indépendante de France », explique la députée. On aura fort naturellement corrigé : Label LIR, pour Librairie Indépendante de Référence. Mais soit. Attendu qu’il conduit « à ouvrir ce dispositif aux grandes enseignes », la députée, soucieuse comme chacun de préserver le tissu de la librairie, en demandait donc la suppression.

 

 


Adopté par la Commission des finances, l’amendement de suppression devra encore passer par le vote à l’Assemblée nationale. La plénière se déroulera ce 15 décembre, sans trop de surprises toutefois.  
 

Un éditeur, dubitatif, nous assure : « Ça [le label LIR] partait d’un bon sentiment, récompenser les librairies qui ont du fonds, mais en pratique, on reste dans le déclaratif et on n’a pas vu de notaires ou d’huissiers investir les lieux pour vérifier s’il y avait plus ou moins la moitié d’ouvrages de fonds en librairie. La bona fide, la bonne foi, n’a pas été mise à l’épreuve d’un sondage réel, ni d’une enquête témoin surprise.


Que des potentats locaux alliés à des lobbyistes non bruxellois veuillent étendre le périmètre pour dissoudre la péréquation n’a été possibles que par la fragilité d’un label à la syntaxe trop pauvre ou provocatrice pour s’inscrire dans la durée.

 

Il aurait fallu décliner LIRE, le conjuguer à tous les lieux vivants méritant de label de classe et non pas le dévaloriser dans son jargon administré, en étiquetage OGM. L’enjeu fiscal et commercial est important, mais il n’a pas été promu ni même défendu : dommage ! »
 

Le désastre en plein ?
 

L’amendement avait été originellement défendu par un groupe de libraires réunissant Decitre, Furet du Nord, les librairies Albin Michel, ainsi que Gibert Joseph et Gibert Jeune, et la librairie Tschann. « Dans les 2450 librairies exclues du label LIR et donc de l’exonération fiscale, des milliers de libraires travaillent et s’emploient, au quotidien, pour promouvoir le livre et la lecture. Ils y organisent chaque année des milliers de signatures, conférences et tables rondes pour défendre des auteurs qu’ils ont aimés, auxquels ils croient. Ils les défendent par leur talent et leur passion. 

 

Ces magasins connaissent souvent des difficultés économiques, se battent pour survivre, y échouent parfois (comme l’ont montré les difficultés récentes de Gibert jeune). Et cela tout autant que les 550 librairies qui ont droit au Label LIR. Mais voilà, une partie de la profession, le Syndicat de la librairie française et le Ministère de la Culture, censés nous défendre et nous porter, ont pourtant jugé qu’ils ne pouvaient bénéficier du même soutien. Nous avons décidé de ne pas nous résigner à cette inégalité, parce qu’elle constitue une injustice. Et qu’elle nous mène tous au désastre », assuraient-ils.
 

mise à jour : 


Benoît Bougerol, propriétaire de La maison du livre à Rodez, ainsi que de la librairie Privat, à Toulouse, a rapidement réagi à notre article. « La fragilité économique des librairies est une réalité, et nous devons l’appréhender pour l’ensemble des établissements, qu’il s’agisse de groupe, d’enseigne ou de librairies d’éditeurs comme Albin Michel », nous précise-t-il. « Sur ce point, nous sommes d’accord : c’est avant tout la méthode employée, à travers un cavalier législatif dans le cadre du projet de loi de Finances 2018 que je déplore. »

 

Trouver des solutions d’exonération pour les autres librairies, « j’y suis, comme tout le monde, extrêmement favorable. Cela demande que l’on s’y penche, avec une concertation réunissant l’ensemble des acteurs. La librairie sait se retrouver pour discuter. Nous devons étudier ensemble les possibilités d’évolution ».

 

Et de souligner qu’à ce jour « le Label LIR fonctionne. Nous pouvons travailler, sans le fragiliser, pour que les collectivités disposent d’outils pour mettre en place une exonération, en dehors du label ». La porte est donc ouverte.

 

 

 

La librairie et le Label Lir : les raisons de la colère


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