Lire Ashraf Fayad, le poète que l'Arabie saoudite a condamné

Nicolas Gary - 23.02.2016

Edition - Les maisons - Ashraf Fayad - Arabie Saoudite - recueil poèmes


La condamnation à mort du poète Ashraf Fayad avait suscité internationalement une vive émotion. L’Arabie saoudite était décidée à faire décapiter un homme, dans un procès qui s’était tenu le 17 novembre dernier. « Je suis sous le choc, mais c’était prévisible. Je n’ai cependant rien fait pour mériter la mort », estimait-il. Et l’on apprenait finalement, début février, que la sentence était modifiée. Plutôt que la mort, ce seraient 8 années de prison et 800 coups de fouet...

 


 

 

Plusieurs manifestations de solidarité étaient intervenues en France et ailleurs dans le monde, pour dénoncer le jugement du tribunal saoudien. L’Union des poètes avait tenté de sensibiliser le public, pour infléchir la décision de justice. 

 

« Personne ne devrait être arrêté pour avoir pacifiquement exprimé ses opinions, et encore moins purger une peine de prison et recevoir des coups de fouet. La justice saoudienne doit intervenir rapidement pour lever cette sentence injuste » , soulignait Adam Coogle, spécialiste du Moyen-Orient pour Human Rights Watch.

 

« Nous, poètes du monde entier, sommes consternés que les autorités saoudiennes condamnent à mort le poète Palestine Ashraf Fayad, pour apostasie », expliquaient les signataires. « Ce n’est pas un crime que d’avoir une idée, aussi impopulaire soit-elle, ni un crime d’exprimer une opinion, en toute quiétude. Chaque individu a la liberté de croire ou de ne pas croire. La liberté de conscience est une liberté humaine essentielle », rappelaient-ils. Ils déploraient par ailleurs « l’absence, en Arabie Saoudite, de tolérance pour la liberté d’expression, et de la persécution continue des libres penseurs ». 


Découvrir le poète, et poursuivre l'action
 

Les éditions Le temps des Cerises, en coédition avec la Biennale internationale des poètes en Val-de-Marne, viennent de produire un ouvrage réunissant les poètes d’Ashraf, traduits par Abdellatif Laâbi. Objectif : faire découvrir le jeune poète d’origine palestinienne, né en 1980 à Gaza.

 

« Une campagne internationale s’est engagée en sa faveur. Et le 2 février 2016, la Cour d’appel a décidé de commuer la peine capitale en huit ans de prison et huit cents coups de fouet. L’action se poursuit pour que soit libéré Ashraf Fayad. »

 

 Le recueil de ses poèmes choisis et traduits par Abdellatif Laâbi va contribuer à faire découvrir aux lecteurs français la voix singulière et forte de ce jeune poète.
 

« Ashraf Fayad, dans une poésie d’une grande qualité d’écriture et d’une inspiration tout à fait contemporaine parle de la condition des réfugiés, de l’exil, d’un monde où le pétrole est le seul vrai dieu, avec une vraie verve satirique. Mais sa poésie touche aussi au plus intime, l’amour, les angoisses devant la perte, la mort, l’absence. »

Le poète palestinien avait été condamné à mort pour un texte dans lequel il renonce à toute forme de foi. Une apostasie qui devrait lui coûter la vie, en vertu des lois saoudiennes, lesquelles puisent leurs sources dans la charia. Les preuves avancées par la justice saoudienne tenaient uniquement à leur lecture de ses poèmes ou des interventions sur Twitter – et même une conversation où on l’aurait entendu tenir des propos blasphématoires, dans un café d’Abha.


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