Lire des ouvrages de fiction favorise les relations d'empathie

Clément Solym - 31.03.2009

Edition - Société - livres - fiction - empathie


Keith Oatley est romancier et psychologue et voilà qu'il vient de lancer un argument massue : la fiction nous ouvre aux autres. « À travers des séries d'études, nous avons découvert que la fiction en littérature n'est pas simplement agréable. Elle améliore sensiblement notre capacité d'empathie avec les autres et de nous connecter à quelque chose de plus grand que nous-mêmes. »

Ce qui est considéré comme un univers factice est avant tout une création, qui nous contraint à entrer dans d'autres mondes et accepter d'autres repères. En ce sens, la fiction agirait comme une simulation, mentale, effectuant un aller-retour entre deux mondes, celui que nous acceptons comme le nôtre et celui de l'espace fictionnel, ayant ses propres modes de fonctionnement.

De son côté, l'empathie est cette réaction que l'on développe lors d'une rencontre, et qui nous entraîne vers un autre. Et même sans fournir de clichés de neuro-imagerie, on peut se douter que cette stimulation a une présence constatable sur le cerveau. Eh bien le genre fictionnel aurait les mêmes types de rapports que ceux constatés avec l'empathie, puisqu'il nous amène à rencontrer des personnages, évoluer avec eux et finalement, les détester ou les aimer.

Simulation d'un univers et ouverture à l'autre

Ainsi, la fiction agirait comme une simulation d'un univers affectif et moral, rendant les rats de bibliothèque peut-être plus à même d'entretenir des relations empathiques, souligne-t-on. Les 94 participants à l'étude ont lu tout d'abord des ouvrages non-fictionnels : les mesures réalisées montrent que dans ce cas les relations établies par la suite sont moins probantes que dans le cadre de lectures fictionnelles.

La question en suspens serait alors : le roman aide-t-il les personnes à entretenir des relations plus intelligentes et plus basées sur l'empathie ? Deux autres tests ont été réalisés : deux textes, fictionnels et non-fictionnels ont été lus par nos sujets. Dans le second cas, une approche et un raisonnement analytiques étaient en jeux, mais dans l'autre, c'est la compréhension des relations sociales qui primait.

Lire de la fiction nous permettrait alors de nous plonger plus facilement dans un processus et un échange avec autrui ? Ce je qui est un autre depuis toujours entretient des relations bien mystérieuses finalement.