Lire ? S'informer ? Pas besoin quand on est Donald Trump

Clément Solym - 19.07.2016

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Alors que la convention républicaine a été un quasi-fiasco, Donald Trump poursuit sa tentative d’accession au pouvoir. La catastrophe est plus grande encore quand on découvre que le discours de sa femme est clairement plagié de celui prononcé par Michelle Obama en 2008... pour la convention démocrate. La vérité est que Donald ne l’a probablement pas relu. Parce qu’il ne lit pas du tout. 

 

Donald Trump

Gage Skidmore, CC BY SA 2.0

 

 

Ce n’est pas la première fois que le candidat présumé des républicains se fait épingler : entre ses agressions verbales, les injures à répétition, les insultes, la logorrhée nauséabonde... On pensait avoir tout entendu. Quant aux livres, certes, Donald fait un excellent sujet, prêtant facilement le flanc aux attaques les plus simples. 

 

Que l’on ne s’y trompe pas : si l’on parcourt son bureau, on le trouvera recouvert de magazines, mais la quasi-totalité avec lui en couverture. Entre cela et les piles de copies de presse qu’il reçoit, on se dirait que l’homme dévore aussi des livres. Non : dans ce bureau, ni ordinateur ni bibliothèque, pas une seule étagère avec un livre. 

 

Des livres, oui, mais surtout pour allumer le feu ?

 

Donald Trump ne s’en est jamais trop caché : le plaisir de la lecture, ce n’est pas pour lui. Les ennuyeuses biographies présidentielles l’ont un temps attiré, mais, désormais, c’est fini. Il a d’ailleurs assuré dans différents entretiens qu’il n’avait pas besoin de lire beaucoup : il s’appuie sur trois piliers, qui feraient sa force. Les bonnes décisions – qu’il prend... – viennent de ce qu’il a déjà acquis les connaissances nécessaires, de son bon sens et surtout de ses capacités d’entrepreneur.

 

Bingo.

 

Et quand il a vraiment besoin, il lit des ouvrages sur son adversaire, comme Unlikeable : The Problem With Hillary, un ouvrage particulièrement critique sur Hillary Clinton. Et au besoin, il peut aussi se replonger dans le roman de l’Allemand Erich Maria, À l’Ouest, rien de nouveau. Ce classique de la terreur psychologique, liée aux combats modernes, se déroule durant la Première Guerre mondiale...

 

Hillary Clinton, la Chine, etc.

 

Il ne lit que peu, et ne conseille donc pas beaucoup plus : dans son ouvrage de 2006, Trump 101 : The Way to Success, il recommandait aux entrepreneurs soucieux de réussir de lire... sa propre autobiographie, The Power of Positive Thinking, coécrite avec Norman Vincent Peal. Quelques rares ouvrages comme l’Art de la guerre de Sun Tzu, ou encore la biographie de Churchill de William Manchester et quelques essais de Ralph Waldo Emerson et d’Albert Einstein trouvent cependant grâce à ses yeux.

 

Si l’on poursuit l’inventaire, on tombera rapidement sur ses déclarations concernant les livres qu’il a dévorés pour comprendre les enjeux économiques chinois et l’histoire de ce pays – de même que sa politique. En 2011, il en avait recensé une vingtaine, mais, à l’agence de presse officielle Xinhua, il annonçait avoir lu des centaines de livres sur le pays, au cours des dernières années. Même la presse chinoise s'était interrogée...

 

En réalité, les Américains découvrent peu à peu que Trump se positionne comme une sorte d’historien – et d’autres présidents, candidats et grandes figures politiques le furent avant lui. Avec souvent un peu plus de brio. Au journaliste du Washington Post qui l’interroge, il répond : « Il n’y a pas de corrélation claire entre les présidents studieux et le succès au sein du bureau [de la Maison blanche]. »

 

Trump raconte n’importe quoi, ce qui lui passe par la tête, et, souvent, en devient effrayant. Le fait qu’il ne lise pas ne le rend pas plus terrible encore, mais, entendre qu’il se contente de peu d’informations pour faire des choix, ou camper sur ses positions devient inquiétant. 

 

Actuellement, la presse américaine un peu plus éclairée se souvient des déclarations que Sarah Palin avait pu faire. Car même elle avait le goût de l’information : « Je dispose d’une grande variété de sources d’informations pour les nouvelles. L’Alaska n’est pas un pays étranger », assurait son ancienne gouverneure. Lire ne fait pas tout, si l’on se souvient des idées véhiculées par Palin... mais ne pas lire n’aide sûrement pas.