Littérature ado : le sexe, un refus catégorique des éditeurs

Clément Solym - 01.10.2013

Edition - International - sexualité - adolescents - lectures


Mais que se passe-t-il ces derniers temps avec le secteur Young Adult ? L'auteur Darren Shan, connu pour ses ouvrages versant allégrement dans l'horreur, est interrogé par The Independent, et livre une analyse consternante de l'édition britannique. Avec 25 millions d'ouvrages écoulés, il s'est forgé une solide réputation pour ses séquences sanglantes et ses scènes de violence.

 

 

Darren Shan signing fans books

Surrey County Council, CC BY 2.0

 

 

Or, autant son éditeur encouragerait à ce que l'on trouve plus de têtes tranchées, autant, explique-t-il, les maisons ont une réelle politique éditoriale : pas de sexe dans les ouvrages pour jeunes adultes, et plus encore, pour les adolescents. « Vous pouvez trouver des têtes ouvertes et des sacrifices. Le seul moment où vous aurez des ennuis avec les éditeurs, c'est quand il découvrira des scènes de baisers. »

 

Et peu importe que l'on y mette ou non la langue. Darren considère que les maisons jouent les vierges effarouchées, et qu'elles voient les adolescents comme des lecteurs préférant les oeuvres complètement asexuées. « Le sexe, c'est un refus catégorique. Apparemment, les garçons ne veulent pas lire de choses avec du contenu sexuel. C'est ridicule », assène-t-il.

 

Et d'ajouter : « Nous devrions être plus préoccupés par la violence que par l'exposition des adolescents au sexe. Les jeunes qui se découvrent, c'est parfaitement naturel, mais qu'ils se massacrent les uns les autres... » 

 

Surtout que... les temps changent : dans les années 90, quand Darren présenta ses premiers livres, on lui expliqua que personne ne les lirait, quel que soit leur thème. « Je me souviens d'une rencontre avec un éditeur, où l'on m'a dit qu'ils ne publiaient pas de livres pour adolescents, parce que les adolescents ne lisent pas. »

 

À force de faire paraître des ouvrages complètement édulcorés, c'est certain, ils ne liront plus. Et si lui, son credo, c'est l'horreur et le gore, en passant par le traumatisme du lecteur, rien de tout cela n'est gratuit. « Ca n'arrive pas comme ça, et on se dit ‘Mince, dommage.' Il n'est pas possible d'être moralement ambigu, comme on peut l'être dans des livres pour adultes. »

 

Dernièrement, le secrétaire d'État britannique à l'Éducation s'est employé à faire la promotion d'une application permettant d'envoyer des poèmes, encourageant les jeunes à arrêter la pratique du sexting - ces SMS plus ou moins érotico-pornographiques, avec ou sans photos.