Littérature d'Outre-mer : Unité ou diversité ?

Clément Solym - 20.03.2011

Edition - Société - outre - mer - identité


C’est bien connu maintenant : le Salon du livre de Paris met à l’honneur cette année la littérature d’Outre-mer. Mais peut-on réellement parler de littérature d’Outre-mer ? Si oui, est-elle une ou multiple ? Quelles seraient ses caractéristiques propres ?

C’est à ces questions que le débat « Les Outre-mer, unité ou diversité » a tenté de répondre hier soir, animé par Marie-José Alié (journaliste et chanteuse) avec les écrivains Dewey Godorey (Nouvelle Calédonie), Eugene Nicole (Saint-Pierre et Miquelon), Jean-François Samlong (Réunion) et Suzanne Dracius (Martinique).

L’outre mer ou les Outre-mer ?


S.D : Habiter en Outre-mer, c’est être dans une poussière d’île. D’ailleurs, l’expression « les Antilles » vient du latin « les îles qui sont devant », mais devant quoi ? Devant un continent : l’Amérique et, de l’autre côté, la Métropole. Mais je n’aime pas ce terme de métropole car il est condescendant, il signifie « la cité de référence, la cité modèle » et on ne serait que des espèces de périphéries avec un modèle à suivre ? Je préfère me situer par rapport à « l’Hexagone », dont chaque angle apparait comme une ouverture vers nous.


D. G
. : Déjà l’expression est relative : « Outre-mer », c’est du point de vue de l’Europe. Mon Outre-mer à moi ce serait les pays au-delà de la mer Noire, de la mer Méditerranée… De l’autre coté.

J.F. S.
: Je pense que nous sommes tributaires d’un espace-temps qui n’est pas comparable à celui de la métropole. Le plus important pour les écrivains des îles c’est d’avoir un regard « à l’intérieur de soi ». Vous savez, on se remet en question tout le temps, parce que c’est petit alors on se demande « est ce qu’on existe vraiment ? » Notre identité passe par l’esprit, le regard et l’attitude à adopter par rapport à l’autre. D’autre part, nous devons jouer la carte de la solidarité pour nous en sortir, c’est pourquoi il est primordial de créer une âme et une identité particulières et ce à travers une langue particulière, pour mieux se comprendre.

E. N. : Saint-Pierre et Miquelon est la plus petite des Outre-mer, nous sommes isolés par cette microscopie. Pour moi la métropole était comme une entité lointaine. Nous étions situés dans la distance.

Un petit bout de France ?


S.D. : Nous avons en partage la culture française. Les Outre-mer sont un petit bout de culture française plus qu’un petit bout de France. J’habite la langue française mais nous avons aussi le créole. La cohabitation de ces deux langues et cultures forment un duo harmonieux. Pour moi, l’Outre-mer c’est l’ouverture au monde, car tous les sangs ont circulé. En tant que Martiniquaise, je suis un mélange : j’ai du sang noir, blanc, indien coulis, indien caraïbe, j’ai même une arrière grand mère chinoise.
C’est un métissage de sang, mais aussi un apport de cultures qui se mélangent et en créent une autre. Je suis contente d’appartenir à ce monde métis, même si ce n’est pas si facile et que l’on n’est pas toujours compris et respectés.

J.F.S. : A la Réunion, il y a 750 000 habitants et 120 000 illettrés. Si c’est un petit bout de France, il ne correspond pas à l’image de la France ! C’est un vrai problème. Les jeunes diplômés réunionnais ne trouvent pas d’emploi, la jeunesse est abandonnée. C’est pour cela qu’il y a eu des émeutes l’année dernière.

Qu’est-ce qui les rassemble ?

E.N. : Le problème des Outre-mer, c’est que nous ne connaissions pas notre histoire. Dans mon enfance, on apprenait l’histoire de France, pas la nôtre. Aujourd’hui les choses ont changées et elle est enseignée dans les lycées, mais c’est quelque chose de nouveau. Dans l’écriture, je tends à la découvrir progressivement et je pars à la recherche de notre passé commun. Ça réveille l’imagination.

DG : Oui, mais nous avons une histoire commune : c’est l’histoire coloniale. La France a imposé toutes les idées du XVIIIeme siècle, en particulier celles de Rousseau avec le mythe du bon sauvage, etc. On a parlé à notre place, jusqu’à ce qu’un jour des écrivains et des poètes se lèvent pour raconter à leur tour notre histoire.
Ce sont les conséquences de cette histoire commune qui fait que l’on est là, ensemble, aujourd’hui. C’est une solidarité obligatoire. Le rapport de domination n’a pas cessé. La France essaye toujours de le maintenir à travers d’autres formes. Il est temps que cela cesse : Alors on écrit, car il est temps que nous prenions la parole : On ne veut plus que l’on parle à notre place.

J.F.S. : Il faut que s’opère une remise en cause des Outre-mer par rapport à la politique imposée par Paris. Pour construire leur destin et leur avenir. Car pour le moment, les réunionnais par exemple, n’ont pas les même chances que les autres : au niveau de l’éducation et de l’emploi. En tant qu’écrivain il est de ma responsabilité de prendre en compte ces problèmes socio-politiques.



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