Littérature jeunesse : violente, sombre, sinistre... Triste exemple

Clément Solym - 06.06.2011

Edition - Société - litterature - jeunesse - violence


Elle cherchait un livre pour sa fille, âgée de 13 ans. Et par réflexe, elle est rentrée dans une librairie. Mais là, horreur : vampires, suicide, automutilation, des « oeuvres sombres, si sombres »... Impossible d'acheter quoi que ce soit. Sinistre état des lieux de la fiction contemporaine pour ados ?

C'est que la production actuelle ferait presque peur - non, fait peur, estime un chroniqueur, balayant les oeuvres pour les enfants de 12 à 18 ans. Des pathologies qui relevaient de la psychiatrie voilà 40 ans, sont désormais exposées sur les étals, et en mesure de révulser les parents les plus avertis. Délirant ?


En fait, Meghan Cox Gurdon, habitué des colonnes du Wall Street Journal accuse tout bonnement les éditeurs et rédacteurs de se servir du bouclier de la censure, comme un moyen de faire des profits multiples au travers de récits qui seraient pervers et nuisibles pour les jeunes esprits. Certains iraient jusqu'à laisser - voire ajouter, oh, horreur ! - des gros mots, pour être certains, dans un bel effort de démagogie, de mieux séduire leur jeune lectorat.

À force de refléter la réalité, les ouvrages se feraient de plus en plus sombres, violents, avec une orientation vers le dépravé.

Attention, notre chroniqueur établit une nette distinction : lire des oeuvres sur des meurtriers ne fait pas de vous un assassin, quand vous avez 13 ans. En revanche, il n'hésitera peut-être pas à considérer que le jeu vidéo rend violent, à force de découper des zombies ?

Démagogie éditoriale ?


Il est intéressant de voir combien l'article établit un portrait assez sombre du secteur de la teen-lit. Selon lui, il faudrait envisager que les livres rendant les pathologies comme l'anorexie, ou l'automutilation aident à normaliser ces pratiques. Mais dans ce cas, peut-on considérer qu'il faut empêcher la lecture de ces ouvrages, ou doit-on, au contraire, s'assurer qu'ils soient dans les mains des ados, pour leur permettre de mieux appréhender une réalité à laquelle ils sont susceptibles d'être eux-mêmes ou par un proche, confrontés ?

La conclusion reste politiquement correcte, mais n'en ouvre pas moins un champ de responsabilisation des parents avant toute chose. Mais avant tout, en stigmatisant gentiment les éditeurs. C'est qu'après tout, l'édition vend des livres et qu'il revient aux parents d'éduquer leurs enfants - sans crier à une censure indispensable. « Aucune famille n'est après tout obligée de cautionner que les maisons proposent ce type de texte, et sous prétexte de liberté d'expression, laissent la vulgarité et la violence gagner les lectures de leurs enfants... »