Littérature : le roman est mort, ses auteurs l'ignorent juste

Clément Solym - 05.07.2010

Edition - Société - mourir - roman - litterature


Provocation et cynisme sont les maîtres mots d'une campagne de communication bien amenée. Lee Siegel, romancier de son état vient d'en entamer une qui a mis le feu un peu partout. Selon lui, le public américain ne s'intéresse plus au roman, et cette forme même a perdu toute étincelle, toute flamme...

Bref, ne sert plus à rien, explique-t-il dans un article du New York Observer.

« Pour environ un million de raisons, la fiction est devenu un genre 'pièce de musée', dont la plupart des acteurs sont plus des conservateurs précautionneux ou de théoriciens, bien plus que des auteurs. Pour le meilleur ou le pire, la meilleure narration de notre époque, ce sont les écrivains de non-fiction. »

Une époque de merde

La main verte, aussi pour écrire ?
Et comme pour lui donner raison, le prix Samuel Johnson, remis jeudi dernier, a consacré une oeuvre non fictionnelle, sur la Corée du Nord. Mais cette attaque en bonne et due forme de l'écrivain contre le monde des romanciers n'est pas allée sans provoquer quelques remous. On lui reproche évidemment, pour les moins sentimentaux, de prêcher pour sa paroisse, pour les autres de n'être qu'un con.

« Un grand roman, celui de cette époque, peut encore être écrit. Des histoires admirables, longues et brèves, continuent d'être créées. Sans doute, le prochain Hemingway, homme ou femme, le Faulkner, le Fitzgerald est là, quelque part, à pied d'oeuvre. Mais à l'exception de quelques ambitieux et d'auteurs obsessionnellement acharnés dans la fiction, ainsi que de leurs agents et éditeurs, personne » ne changera les choses, poursuit-il de ses ardeurs.

Lassitude et fin annoncée

En outre, il faut replacer son intervention dans le cadre de la liste exposée par le New Yorker des meilleurs auteurs de l'époque. Et c'est en réaction à cette liste que Lee a campé des positions aussi tranchées. Et d'ajouter que finalement, la mort d'un genre littéraire n'est jamais aussi évidente qu'à compter de ce que la théorie et l'analyse sont devenues si lourdes à traîner.

Forcément, la passion s'empare du sujet, et soudain voilà que les lettrés et hommes de lettres de toutes parts surgissent, pour démonter l'argumentation de Siegel. Selon certains, il ne serait qu'un écrivain perdu dans sa tour d'argent, crachant sur tout, blogs, fiction et indifféremment... Finalement tout ce qui ne trouverait pas grâce aux yeux du New Yorker. Une forme d'élitisme intellectuel stérile.

On va pas vous la faire à l'envers

Sauf que les plus pertinents rappellent combien la mort annoncée du roman tient sinon lieu de marronnier dans la presse, du moins quasiment de thème littéraire chez les auteurs. Rowling, King, Meyer devraient amplement démontrer que le genre a toujours de beaux jours devant lui. Et plus encore.

Historiquement, le roman est une langue - dans laquelle on écrivait des vers. Mais devenu genre littéraire, il a aussi acquis des caractéristiques largement protéiformes, incluant tout ce que les autres genres nobles contenaient, faisant exploser les théories des uns et des autres - finies les trois unités, dehors la versification, vive les dialogues libres et les décors bigarrés. Selon l'aspect narratif fictionnel semble relever de ce par quoi on peut le mieux caractériser un roman.

Témoignage d'amour ?

Depuis celui de Renart, jusqu'aux approches de Robe-Grillet, Salinger ou Thompson, le genre n'est sûrement pas mort. On croirait plutôt à une sorte de phénix. Qui peut-être s'épuise à renaître...

Et c'est avant tout une certaine image de la création que Lee Siegel dévoilait ainsi : « Hélas, la pratique de la fiction n'est plus une vocation. C'est devenu une profession et les professions ne sont pas caractérisées par la subtilité de la création. Les vocations artistiques doivent être un élan pour étreindre le plus possible de personne de par votre volonté ; les professions sont des affaires indigentes qui ne concernent que la professionnelle même. »