Littérature Maine-Stream : Bernard-Henri Lévy et Françoise Sagan

Nicolas Gary - 27.08.2014

Edition - Société - Magazine littéraire - François Sagan - BHL théâtre


Que se passe-t-il dans la presse littéraire ? Un analyste des médias, maître de conférence au Celsa (école d'études en science de l'information et de la com'), passe en revue le précédent numéro du Magazine littéraire. Et pas véritablement pour en vanter les qualités. Il parle du « triste spectacle de la chute d'une revue de référence ». Sans savoir à quel point il a raison. 

 

 

 

 

Et OIlivie AÏm, pour le Plus du Nouvel Obs, de se lamenter : que ce soit la figure de l'écrivain Emmanuel Carrère, qu'il rapproche du personnage Droopy, en passant par une certaine indigence du magazine lui-même, l'analyseur y voit toute l'image de la décadence dans la presse littéraire, et dans la presse, in extenso.  

On croit rêver, et l'on imagine d'abord une erreur, une blague ou une provocation. Mais la lecture du contenu du numéro (devenu bimestriel) est affligeante et confirme le désastre.

Nous voilà face à un banal exercice de passage en « revue » de l'actualité de la rentrée avec de longs extraits des romans à paraître. La page réservée aux essais est indigente. Et les portraits aux confins de la « promo »…

Qu'en penser ? Qu'à la lecture du prochain numéro, qui sort demain, ce spécialiste des médias risque de suffoquer. La nouvelle formule, qui profitait d'une certaine modernisation, dès sa couverture, a manifestement décidé de mettre ses articles au goût – ou à l'absence de goût – du jour. 

 

Depuis que Maurice Szafran s'est lancé dans Sophia Publications, le Magazine littéraire aurait-il perdu quelques-uns de ses nucléotides ? La couverture du futur numéro est éloquente : Françoise Sagan et Bernard-Henri Levy côte à côte, ou plutôt l'un au-dessus de l'autre... le duo laisse rêveur. Il paraît, pourra-t-on lire à la fin de la chronique, qu'il y a de la poésie dans BHL... du surréalisme, peut-être ? Ou du Dada ? Pas même : pour la pièce de théâtre Hôtel Europa.

 

Mais ce qui émouvra certainement le plus, c'est l'édito politique que l'on retrouvera, qui fait état du silence des écrivains israéliens dans le conflit entre Palestine et Israël. Signé par Maurice Szafran, certains se demandent si l'on n'assiste pas à une résurgence ancienne du rôle politique de l'intéressé, au sein de Marianne.

 

"On s'est lancé dans le Maine-Stream"

 

De quoi s'interroger, quoique personne ne souhaite en parler, avec comme un tabou qui s'est installé. « On s'est lancé dans le Maine-Stream », plaisante-t-on, avec un vilain rictus. Maine, en référence à l'adresse du siège social, dans le 14e arrondissement, mais également pour le virage people que semble prendre le Mag' Lit.

 

Une prépondérance des chroniques, une déstructuration dans les articles — avec un dossier sur Sagan relégué à la fin du magazine. « On s'approche de Télé7 jours [le magazine télé... NdR] », précise une autre personne, consternée. Certes, dans le dernier numéro, la similitude avec le magazine LIRE, associé à L'Express, est manifeste : les couvertures parlent d'elles-mêmes, mais le virage mainstream, grand public, voire people est véritablement redouté.

 

 

 

Sauf que le coup dégainé par le Nouvel Obs ne serait pas anodin : selon certaines sources, Jérôme Garcin serait attendu pour prendre la direction du Magazine littéraire. Et manifestement, ce dernier n'aurait pas les meilleures relations du monde avec l'actuelle directrice adjointe de l'Obs. « Cela n'empêche pas qu'un ouvrage de sociologie, chroniqué dans le Mag'Lit, qui est consacré à Cinquante nuances de Grey, cela n'a plus rien de commun avec ce qu'on a pu lire par le passé. »

 

Rendez-vous demain, pour le numéro 547. Et la nouvelle analyse d'Olivier Aïm ?