Littérature policière : un bon k-libre pour des chroniques (13)

Clément Solym - 06.01.2013

Edition - Les maisons - k-libre - chroniques - littératures policières


Chaque semaine k-libre et ActuaLitté vous proposent par le biais d'une sombre collaboration une revue de presse croisée, qui filtre l'actualité des littératures policières et du monde qui les entoure. Vous aurez d'un côté des chroniques littéraires d'ouvrages très récents, et de l'autre des informations concernant cet étrange monde. Comment il vit, de quoi il est fait, et comment parfois il meurt. Le tout formant une ActuaLitté policière bien k-librée !

 

k-libre, les mondes policiers

 

 

 

 

 

 

Pickpocket, de Fuminori Nakamura 

Pickpocket est un roman qui tient toutes ses promesses dès ses premières pages lorsque notre regard accompagne les mains de Nishimura. Ce professionnel de l'empalmage, tout en grâce et fantaisie, nous invite dans sa quête au plus profond de la foule, des poches et des vestes, caressant les ouvertures de sacs, se glissant dans le mensonge et se jouant des boutons de manteau. Entraîné, véritable Edgar de la main dans le sac, ce Lupin des temps modernes nous envoûte instantanément. D'abord parce qu'il ne vole qu'aux riches - oui il a tout de suite une belle excuse ! Ce qui nous permet de l'apprécier sans état d'âmes. Ensuite parce qu'il a un grand cœur, qu'il aide la veuve et l'orphelin, ici incarnés par une jeune femme abîmée par de mauvais destins, affublée d'un rejeton qu'elle envoie chaparder dans les supérettes.

La chronique complète sur k-libre

 

 

La Piste du feu, de Adrian Hyland 

La Piste du feu : le titre peut sembler prémonitoire puisque les héros de ce roman sont dans le désert, meurent de soif et passent leur temps à souffrir de la chaleur. Il n'est sans doute pas anodin que cette lourdeur, climatique et criminelle, parcourt les quatre cents pages du roman avant d'exploser en pluie sur les dernières lignes du texte. Elle est également un indice du crime originel, celui qui explique la vague de meurtres successifs destinés à cacher la vérité, crime lié lui aussi à la chaleur nucléaire... Ironie du titre également puisque toute cette histoire commence par la mort d'un géologue, un géologue qui parcourt les terres arides afin de prouver la justesse de sa théorie dite de la boule de neige, car la terre se serait constituée au départ grâce à la glace. Mais le titre est aussi un titre allégorique : la piste du feu peut renvoyer aux mythes aborigènes, à une danse ancestrale, à une prière panthéiste.

La chronique complète sur k-libre

 

 


 

 

La Vérité sur Frankie, de Tina Uebel 

Impressionnant d'un point de vue stylistique, La Vérité sur Frankie tourne sans arrêt autour de Frankie, l'effleure, détaille en creux ceux qui parlent de lui, montre combien on devient dépendant de quelqu'un, même armé de son intelligence. Tina Uebel restitue l'attente, la tension, l'acharnement à défendre celui qui vous a maltraité. Même si le mystère de cette fascination reste opaque tout comme les ressorts de l'escroquerie de Frankie, le lecteur ne peut qu'y succomber, entrainé par un suspense angoissant alors qu'il ne se passe aucun événement marquant, si ce n'est une suite de déménagements, de planques sans but, de journées mornes dans des pays tristes.

La chronique complète sur k-libre

 

 

La Tribu, de Stéphanie Lepage 

Plantons le décor. Dans une maison sinistre, perdue dans une lande lugubre noyée sous une pluie poisseuse, par une nuit malsaine, une famille monstrueuse, composée d'êtres sordides, vit une soirée démoniaque... Trop d'adjectifs, vous trouvez ? C'est sans doute un des petits défauts de ce très court récit (quatre-vingt-dix pages) dans lequel l'auteure s'est consciencieusement appliquée à entasser la totalité du champ lexical relatif à l'angoisse ; avec subtilité et humour, globalement, mais de manière un peu trop appuyée parfois. La réalité est que ce livre a les qualités de ses défauts : c'est du serré, de l'intense, du corsé. C'est un puzzle compliqué, constitué de pièces qui semblent issues d'au moins deux ou trois boites différentes, et qui pourtant s'assemblent plutôt logiquement, de manière assez implacable (à quelques approximations près), sans jamais laisser au lecteur le temps de reprendre son souffle. Sur ce point, il faut reconnaître à Stéphanie Lepage un réel talent de scénarisation, quasi cinématographique.

La chronique complète sur k-libre

 

 

Le Club des apprentis criminels, de Audrey Françaix 

Premier suspense d'une maison plutôt spécialisée dans la fantasy, Le Club des apprentis criminels évoque les mânes de la comédie noire british avec un rien de Pierre Siniac dans l'intrigue et un peu de la truculence d'une Nadine Monfils (dont on imagine ce qu'elle aurait fait d'une telle thématique). L'histoire n'a rien de révolutionnaire : à Reauville, un groupe d'hommes et de femmes sont liés par un meurtre accidentel qu'ils ont dissimulé, celui de Basile Vandevine, un journaliste universellement détesté. Bien sûr, la méfiance et la paranoïa les mèneront à commettre crime sur crime pendant que rôde toujours un assassin, le justicier, n'exécutant que ceux que la justice a laissé filer...

La chronique complète sur k-libre

 

 

Une histoire du 36 quai des Orfèvres : le mystère HB, de Léo Quiévreux, Claude Cancès, Pierre Dragon & Alain Gillot 

Le 13 mai 1993 débute une prise d'otages dans une école maternelle de Neuilly, qui va tenir en haleine la France. L'histoire a fait grand bruit et s'est terminée sans autre heurt que la mort du preneur d'otages, un certain HB - Human Bomb. Pierre Dragon, membre de la Direction du renseignement de la Préfecture de police, et Claude Cancès, ancien patron du 36 quai des Orfèvres, aidés en cela par Alain Gillot, signent un scénario qui se veut réaliste du déroulé d'une affaire qui a duré quarante heures. Mais c'est également un regard contemplatif et admiratif des forces de l'ordre - principalement incarnées par le RAID - tout juste pondéré par quelques protagonistes héroïques, à commencer par la maîtresse d'une classe transformée en huis-clos dramatique et psychologique. Léo Quievreux illustre cette histoire atypique d'une ligne claire classique, qui occulte tout caractère prononcé à ses différents acteurs avec cependant des portraits - souvent cagoulés - qu'il rend intéressants, et tarde à s'offrir quelques escapades graphiques (les confessions de HB).

La chronique complète sur k-libre

 

 

Les Derniers forçats : du bagne à l'asile, de Henri Marty & Philippe Auguste Martinez 

Malgré une couverture malhabile, voici l'intéressante édition de deux longs récits de bagnards restés à Cayenne après les départs des ultimes bateaux. Comme le souligne Jean-Lucien Sanchez dans sa préface, les "auteurs ne sont plus sous la coupe de la censure de l'administration pénitentiaire, ni sous celle d'un éditeur en mal de sensationnel" et leurs écrits "constituent de ce fait un témoignage rare, dicté par la seule urgence : celle de deux mourants qui n'ont plus de temps à perdre et qui voudraient que quelqu'un les entende enfin quelque part, n'importe où". Ces récits datent de 1955 et ont été recueillis par la journaliste Ingeborg de Beausacq (reporter et photographe américaine née en Allemagne en 1910 et décédée en France en 2003) sur des cahiers que les auteurs ont eux-mêmes remplis alors qu'ils se trouvaient à l'asile de Saint-Laurent-du-Maroni.

La chronique complète sur k-libre

 

 

Skully Fourbery n'est plus de ce monde, de Derek Landy 

Skully Fourbery, le détective squelette de Derek Landy, a été envoyé dans une dimension parallèle ; l'occasion pour l'auteur de mettre en avant ses autres personnages, et tout particulièrement la jeune Valkyrie. Tiraillée entre son attachement à Skully, sa volonté d'être par moment seulement la fille de ses parents, son amitié pour des personnalités bien trempées qui pour la plupart ne s'apprécient pas, elle tente de garder l'équilibre, mais échoue souvent... Tout comme cet opus de ses aventures échoue à être vraiment convaincant.

La chronique complète sur k-libre