Liu Xiaobo meurt “des persécutions que lui a fait subir le Parti communiste chinois”

Laurène Bertelle - 05.07.2017

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Liu Xiaobo, Prix Nobel de la Paix 2010, engagé dans la lutte contre le régime autoritaire de Chine et emprisonné depuis bientôt 10 ans pour cette raison, a été libéré en conditionnelle en juin dernier pour raison médicale. Le dissident chinois est en effet atteint d'un cancer du foie en phase terminale. Suite aux pressions internationales, la Chine a accepté que des médecins étrangers puissent venir apporter expertise et soins.


NORWAY NORWAY NOBEL PEACE PRIZE 2010

Thorbjørn Jagland, président du comité Nobel norvégien, assis à côté de la chaise vide du lauréat du prix Nobel de la Paix 2010, Liu Xiaobo (kunshou, CC BY-SA 2.0)

 


Liu Xiaobo, né en 1955 en Chine, a été emprisonné en 2009, et purge depuis une peine de 11 ans de prison pour avoir signé la Charte 08, qui critiquait le régime autoritaire chinois. Il a notamment reçu le Prix Nobel de la Paix en 2010 alors même qu’il était emprisonné depuis deux ans.

 

Fin juin dernier, Liu Xiaobo a été placé en liberté conditionnelle pour raison médicale : il est atteint d’un cancer du foie en phase terminale. Soigné à l’hôpital de Shenyang, il n’est pas totalement libre pour autant.

 

C’est pourquoi de fortes pressions internationales, venues des États-Unis, de France, d’Allemagne, mais aussi d’ONG et de proches du Prix Nobel, ont insisté pour que Liu Xiaobo soit libéré sans condition et obtienne le droit de se soigner à l’étranger, et de la façon dont il le souhaite.

« Liu Xiaobo est une figure d’inspiration dont le seul crime fut de dire la vérité, indique Salil Shetty, secrétaire générale de Amnesty International. Il n’aurait jamais dû passer un seul jour en prison, une injustice d’autant plus tragique que son cancer n’a pas été diagnostiqué avant d’atteindre sa phase terminale. Le Président Xi Jinping doit prendre la bonne décision et ordonner sa libération immédiate. »

 

Une mobilisation pour Liu Xiaobo, Nobel chinois de la Paix, à peine libéré


Face aux lourdes critiques, Pékin a donc annoncé ce 5 juillet qu’elle invitait les médecins étrangers occidentaux, des États-Unis, de l’Allemagne et d’autres pays, à venir examiner le dissident et lui apporter leur expertise, une demande qui proviendrait de la famille du malade. 

« Le fait qu’ils aient spécialement choisi les États-Unis et l’Allemagne montrent que les autorités envisagent de permettre à Liu de voyager vers l’un de ces deux pays », a commenté une source proche de la famille de Liu Xiaobo, selon The Guardian, bien qu’il ne soit pas encore défini clairement la façon dont les médecins seront choisis ni quel accès ils auront.

Par ailleurs, CNN rapporte également qu’un des ministres adjoints de la Justice aurait indiqué que Liu Xiaobo était trop faible pour voyager à l’étranger.

 

Cette décision apparaît comme un pas en avant donc, mais qui ne correspond pas au souhait premier ni du principal concerné et de sa famille, ni des pays étrangers. Beaucoup y voient en effet une façon pour la Chine d’échapper à la critique et aux reproches, notamment celui d’avoir attendu que l’état de Liu Xiaobo se dégrade pour le libérer. 

 

« Peut-être peut-il encore vivre 6 mois. Mais cela ne changera pas le fait qu’un prix Nobel de la Paix est en train de mourir des persécutions que lui a fait subir le Parti communiste chinois », a annoncé Hu-Jia, militant des droits civiques, à l’AFP.

 

Au cours de sa vie, Liu Xiaobo a par ailleurs écrit de nombreux essais sur son pays natal. La maison d’édition Gallimard a notamment publié La philosophie du porc et Vivre dans la vérité, traduits par Jean-Philippe Béja et sortis en 2011 et 2012, ainsi que Elegies du 4 juin, traduit par Guilhem Fabre et sorti en 2014.