Livraisons gratuites : le prix à payer ou l'enfer des entrepôts d'expédition

Clément Solym - 28.02.2012

Edition - Librairies - Mac McClelland - Amalgamated Product Giant Shipping Worldwide Inc. - Amazon


Elle semble revenir de l'enfer, cette journaliste américaine, qui a enfilé son col bleu pour devenir l'employée d'un entrepôt d'Amalgamated Product Giant Shipping Worldwide Inc., une entreprise de logistique qui se charge des livraisons de sociétés telle qu'Amazon.

 

Dans une enquête intitulée «  I was a Warehouse Wage Slave », publiée chez Mother Jones, Mac McClelland décrit avec acidité les cruautés et le traitement indigne réservés aux employés déshumanisés par leurs patrons en quête insatiable de rentabilité. Mac McClelland y a travaillé comme « picker » soit « ramasseuse », poste on ne peut plus tayloriste, qui consiste à trouver, scanner, placer dans un grand sac en plastique et enfin envoyer dans un convoi tous les articles sélectionnés par son scanner.

 

Avant de mettre les pieds dans ce bagne privatisé, lors d'une discussion avec une femme de la chambre de commerce de la ville, elle est prévenue : « Ils ont besoin que vous travaillez le plus vite possible, et de vous pousser autant que possible aussi vite que possible. Donc ils vont vous donner des objectifs, et après vous savez, quoi ? Si vous remplissez ces objectifs, ils vont les augmenter. Mais ils vous crieront tout le temps dessus. C'est comme le service militaire. Ils doivent vous casser pour faire de vous ce qu'ils veulent. Donc ils vous diront : « Vous n'êtes pas assez efficace, vous n'êtes pas assez efficace, vous n'êtes pas assez efficace » pour vous faire travailler encore plus dur. »

 

 

 

Un autre visage de l'Amérique

 

Et si elle avait le malheur de dire qu'elle avait atteint ses limites, elle serait licenciée, alors que l'entreprise tourne dans un turn-over permanent.

 

Il devient facile de comparer ses conditions de travail à celle des employés de Foxconn en Chine, terribles (notre actualitté) :

 

Mc Clelland explique qu'elle travaille dans les 12 heures par jour, comme les employés de Foxconn, lors des vacances de Noël, et environ 10,5 heures par jour en moyenne. Elle ne peut « profiter » que de deux pauses d'un quart d'heure par jour, à peine le temps de digérer son repas : « On perd du temps si on veut aller aux toilettes. Et je veux y aller. Paniquée par la contrainte de temps, je me rends compte que je n'ai pas mes règles et je jette mon poing en l'air, victorieuse ! », explique-t-elle.

 

En termes de salaire, la journaliste d'investigation raconte que si elle a été embauchée à environ 11 $ de l'heure, son salaire final est de 60 $ pour une journée de 10 h 30, soit environ 5,71 $ par heure, ce qui au final est plus faible que le salaire minimum du Mississippi.

 

Après lecture de l'enquête, les internautes y réfléchiront peut-être à deux fois avant d'acheter online, pour préférer, peut-être encore, cette bonne vieille librairie du quartier, même si c'est parfois plus cher - en l'absence de loi sur le prix unique du livre, outre-Atlantique.