Livre à prix unique au Québec : bonne direction ou mauvaise idée ?

Clément Solym - 09.11.2012

Edition - Economie - prix unique du livre - Québec - Pauline Marois


La récente nomination d'une commission parlementaire au Québec, chargée d'examiner la mise en place d'une loi offrant aux éditeurs de fixer un prix unique pour leurs livres, semble diviser. Si tout le monde est désireux de protéger les intérêts de l'édition, avec 800 millions $ CA de chiffre d'affaires et 12.000 personnes employées, les moyens à utiliser divergent, selon les acteurs... 

 

 

 5 à 7 militant au Quai des Brumes à Cabano

Pauline Marois, novembre 2010

Parti Québecois, (CC BY-ND 2.0)

 

 

Depuis le discours inaugural de Pauline Marois, le 31 octobre dernier, l'introduction d'une commission parlementaire s'apprête donc à changer quelque peu le milieu de l'édition québécois. Ainsi que la première ministre l'a annoncé, plusieurs mesures seront mises en place pour favoriser l'essor culturel : 

Avec la langue française, la culture nous définit comme peuple. Nos créateurs sont à la source de cette culture et ils pourront compter sur un soutien sans faille du gouvernement. Par le biais des organismes subventionnaires, le financement à la création sera donc augmenté progressivement.

De même, pour appuyer nos auteurs, éditeurs et libraires, nous mettrons en place une commission parlementaire sur la pertinence d'une loi sur le prix unique du livre et de ses impacts.

Nous souhaitons pouvoir mieux soutenir l'exportation des œuvres et des produits culturels québécois pour permettre à nos créateurs de poursuivre leur carrière à l'international et favoriser le rayonnement du Québec dans le monde. Ce rayonnement contribue puissamment à notre image de marque, une image de créativité, d'innovation et de modernisme.

À cet égard, le gouvernement insiste pour que la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles soient inscrites dans l'éventuel accord de libre-échange Canada–Union européenne.

 

L'auteur Michel Tremblay lui-même y voyait une excellente décision, voyant là « un pas dans la bonne direction », qui assurerait aux petites libraires de pouvoir lutter contre les remises accablantes réalisées dans les grandes surfaces. 

 

Serge Poulin, président de l'Association des Libraires du Québec affirmait : « La diffusion du livre est un enjeu qui concerne tout le monde. Le projet de réglementation que nous proposons a des chances réelles, à notre avis, de faire l'objet d'un large consensus à l'Assemblée nationale. Le Québec pourrait faire comme le Mexique qui, il y a quelques années, a adopté une loi de même nature avec la quasi-unanimité des parlementaires. »

 

Mais le président de l'Association des auteurs et auteures de l'Outaouais, Gaston Therrien, ne partage pas vraiment la vision de la première ministre, et moins encore celle de Tremblay. En tant que région frontalière, Ottawa ne serait pas soumise à cette législation, et les auteurs locaux ne manqueraient pas de souffrir de cela. 

 

« Je suis convaincu que la loi serait bien accueillie par les petits libraires de la région, mais ça ne réglerait pas le problème à long terme. Ça ne les forcerait pas tout de suite à s'adapter à d'autres formes d'édition. Je suis partisan de la concurrence, car ça exige que les créateurs s'adaptent au marché », assure-t-il. 

 

Et il serait préférable de réviser les subventions accordées à de grandes multinationales, bien plus arrosées que les petits éditeurs, plus handicapés dans la lutte contre les machines éditoriales. À ce titre, le gouvernement de Mme Marois aurait fort à faire, pour réellement apporter son aide à l'édition. Sans pour autant négliger la nécessaire évolution du secteur : « Les éditeurs et les auteurs ne peuvent plus travailler comme dans les années 60 et attendre les mêmes choses. »

 

La législation, telle qu'elle a été souhaitée, ne serait pourtant pas aussi drastique qu'en France, par exemple. Il est en effet question d'un rabais de 10 % accepté, pour les neuf premiers mois de commercialisation des livres. Par la suite, le revendeur sera en mesure d'effectuer les remises qu'il souhaite.