Audiobooks : Un conflit se profile en Allemagne, à peine Audible

Nicolas Gary - 16.05.2015

Edition - Justice - Audible Amazon - éditeurs livres audio - contrats négociations


Dans la série de monopoles de fait, où Amazon est parvenu à se hisser, celui du livre audio ne représenterait finalement qu'une pierre de plus dans l'édifice. D'autant que le marché de l'audiobook demeure très bas en France. Mais dans les pays nordiques, de même qu'en Allemagne, il s'agit d'un secteur porteur. Raison de plus pour tenter d'imposer ses conditions contractuelles...

 

 Publicité Amazon Audible - London Tube

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Plusieurs éditeurs sous couvert d'anonymat, évoquent en effet dans la presse allemande des pressions exercées par Audible, la filiale audiobook d'Amazon. Personne ne dévoile les détails de ces nouveaux contrats proposés par la firme, mais, bien entendu, il est question d'une meilleure répartition des sommes – plus favorable à Audible. Et pour que le message soit compris, les traditionnelles menaces de non-commercialisation des produits sont brandies. 

 

L'achat des droits audio, auprès des agents, était devenue une mine d'or. Depuis quelques années, les maisons britanniques se plaignent de ce qu'Amazon casserait les prix, par le biais d'Audible, en proposant des royalties plus importantes aux agents qu'il sollicite : « Cela nous oblige à changer la manière dont nous travaillons. Nous devons mettre en avant la qualité de nos solutions, le fait que nous puissions le relier à la promotion et au marketing... », expliquait Pandora White, éditrice audio chez Orion.

 

Pour l'Allemagne, de toute évidence, l'histoire n'a rien d'excentrique : la firme de Jeff Bezos est coutumière de ces méthodes pour se faire écouter. De même, quand le conflit contre Hachette Book était au plus fort, il n'était pas question non plus de blâmer exclusivement le revendeur. Dans ces cas de figure, il y a toujours deux parties qui négocient. 

 

Cette histoire ne viserait par ailleurs que les petits éditeurs, qui se voient proposer un nouveau type de contrat forfaitaire. Avec des parts de marché qui frisent les 90 %, Audible serait en mesure d'exercer de véritables représailles, laisse-t-on entendre. Plusieurs éditeurs envisageraient alors de porter plainte auprès de l'Office fédéral et manifestement le Börseverein, l'association des libraires et éditeurs allemands, considère la possibilité de suivre le mouvement juridique. 

 

Alexander Skipis, directeur du Börseverein est d'ailleurs clair : si les petits éditeurs tombent sous le coup d'une menace spécifique, la situation deviendra très discutable, juridiquement, pour Audible. Les éditeurs, une fois de plus, mettent en cause les solutions déployées par la firme américaine, mais l'on ignore encore ce que peuvent être ces fameuses conditions modifiées. 

 

L'actuel PDG, Nils Rauterberg, assure avoir la volonté de « partager avec les éditeurs, pour élargir le marché. Mais la volonté est celle d'innover ». Rappelons que le Börseverein a déjà porté plainte en 2014, auprès de la Commission européenne, pour des pratiques d'Amazon contestées, liées à la vente d'ebooks. Plainte que la CE ests toujours en train d'examiner. (via Der Spiegel)

 

Angoisses inaudibles ?

 

Certains pourraient également y lire les angoisses liées au modèle d'abonnement illimité, Kindle Unlimited. Outre-Manche, des maisons spécialisées ont vu d'un très mauvais œil l'apparition d'offres dédiées sur la plateforme américaine, redoutant de voir leurs ventes s'écrouler. Le marché anglo-saxon n'est déjà pas particulièrement tonique : Kindle Unlimited représente un véritable danger. 

 

L'an dernier, Amazon avait déjà opéré de sensibles modifications dans ses conditions de vente. Le site proposait jusqu'à lors des montants de versements plutôt avantageux par rapport aux autres services de vente : de 50 à 90 % des revenus étaient versés à l'auteur en cas de vente exclusive sur Audible, et entre 25 et 70 % en cas de commercialisation non exclusive. Dans tous les cas, ces taux représentaient un avantage majeur, et étaient même revus au prorata des ventes.

 

Depuis mars 2014, les taux ont été unifiés et semblent bien moins alléchants : 40 %, au maximum, dans le cas d'une vente via les trois canaux que sont Audible, Amazon et iTunes, et 25 % dans le cadre d'une mise en vente plus large. Ces changements, tout de même, ne seront effectifs que sur les contenus ajoutés après le 12 mars, tandis que ceux ultérieurs bénéficieront toujours des taux originels. Dans le cas où la vente associerait un auteur et un producteur, les revenus seront divisés entre les deux.

 

« Nous baissons les paiements tout en poursuivant notre mission de diffusion, pour plus de livres audio. Nos paiements restent bien supérieurs à ceux offerts par les éditeurs de livres audio », justifiait Audible.