Livre en Israël : "C'est un marché libre, et nous en sommes les esclaves"

Clément Solym - 26.07.2012

Edition - International - Knesset - Israël - prix unique du livre


Information ActuaLitté : Au parlement israélien, hier, a été adopté en première lecture le projet de loi sur le prix unique du livre. « Cette proposition est de loin la plus aboutie, très inspirée – initiée à partir du modèle français – ceci est indiqué dans le texte de présentation ‘une loi à l'instar de celles qui existent dans nombre de pays européens, en particulier la France' », nous précisait quelques jours avant la lecture Roselyne Dery, attachée Livre à l'Institut français de Tel Aviv. Encore fallait-il qu'elle rencontre le succès auprès des députés.

 

 

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La Knesset hoyasmeg, via Flickr 

 

 

Les débats, qui se déroulèrent durant l'après-midi, ont manifestement comblé les observateurs, légitimement nerveux. «  Il faut d'autant plus se réjouir de cette première avancée, que le marché israélien du livre est dans une réelle souffrance, du fait des remises folles que pratiquent les deux chaînes de librairies, Steimatzky et Tzomet, qui dévalorisent le marché et le travail des auteurs », nous expliquait Jean Mattern. Responsable des acquisitions pour la littérature étrangères aux éditions Gallimard, il avait accompagné le grand patron en février 2011, pour évoquer, avec les autorités israéliennes, les bienfaits de la loi Lang appliqués au marché du livre en France. 

 

Une inquiétude, donc, pour les personnes investies localement dans ce projet de loi, mais qui a rapidement tourné au soulagement, voyant que plusieurs députés s'exprimaient favorablement, au cours de leur intervention à la Knesset. Une majorité quasi unanime se prononcera en faveur du texte, contre seuls deux députés qui s'y opposeront. Or, note Roselyne Dery, la première intervention fut celle de la ministre de la Culture et des Sports, Limor Lovnat, dont la prise de parole fut particulièrement appréciée. 

 

L'épineuse question du duopole

 

« Jusqu'à lors, ce qui posait problème, dans les débats, et dans le projet de loi qui avait été présenté voilà trois ans, c'est une confusion des enjeux qui étaient posés dans le texte. Plusieurs points sont soulevés dans la loi sur le prix unique : la rémunération des auteurs et les remises excessives qui sont pratiquées. Mais un troisième élément entraînait jusqu'à présent une gêne dans les discussions. Il s'agit du duopole des deux chaînes de librairies, Steimatzky et Tzomet. »

 

Et certes, passer par la culture pour traiter de questions économiques fait passablement grincer des dents. Dès lors, « en faisant intervenir cet élément dans les discussions, il est difficile, voire impossible, que la question soit traitée sous l'angle de la Culture. Or, il fallait aujourd'hui sortir ce problème de concurrence effrénée du projet de loi, pour ne se concentrer sur les éléments relevant du ministère de Limor Lovnat. C'est ce qu'elle a très bien fait par ailleurs, dans son intervention », souligne Roselyne Dery.

 

La question du duopole relève en effet d'une question de concurrence, et de libre marché ; que le monde de la Culture interfère dans ce domaine, et l'on parlerait rapidement d'ingérence, provoquant une levée de boucliers jalouse de protéger le libéralisme dans le commerce israélien. Pourtant, ce sont bien ces pratiques de discount qui détruisent le marché du livre, comme le résume un jeune député du Rashad, dans cette phrase : « C'est un marché libre, mais nous en sommes les esclaves. »

 

L'intervention aura fait sensation. 

 

Au terme de la lecture, et après son adoption, à 33 voix pour et 2 contre, le président de la Knesset a indiqué que la loi allait suivre son cours, étant désormais confiée aux bons soins d'une commission parlementaire qui réunit Culture et éducation. Quant à la question du duopole, la ministre l'a donc bien écartée des discussions, assurant que cela ne concernait pas son domaine.

 

Elle en appelle d'ailleurs l'autorité de la concurrence, plus à même de trancher sur ces questions, à se saisir du dossier. L'écueil est donc évité, et la loi peut, a priori plus sereinement, poursuivre son bonhomme de chemin législatif.