Livre en scènes : Enquête sur les événements littéraires d'Île-de-France

Julien Helmlinger - 20.11.2014

Edition - Société - Manifestations littéraires - Salons - festivals - Lectures publiques


Suite à l'enquête sur le thème « Livre en scènes », menée par le MOTif en 2009, l'observatoire du livre et de l'écrit a remis le couvert cette année. L'occasion de faire l'état des lieux sur les manifestations littéraires franciliennes, cinq ans plus tard. Il en ressort quelques repères, permettant l'analyse de certaines tendances et évolutions, ainsi que des indicateurs sur les facteurs de réussite et de pérennisation des événements. Avec une attention particulière portée à l'auteur et ses conditions d'intervention, grand débat du moment.

 

 

 

D'un point de vue méthodologique, cette enquête 2014 repose sur le recensement de 132 événements littéraires d'Île-de-France. Ces manifestations s'inscrivent dans un périmètre identique à celui de l'étude de 2009 : des événements récurrents, d'une durée maximale de deux mois et comptant au minimum deux éditions, événements principalement axés sur le livre ou la lecture.

 

Un questionnaire a été soumis en ligne, ce qui aura permis d'analyser les retours de quelque 68 répondants, dont 30 qui avaient participé à l'enquête menée en 2009. D'ici la publication de la version intégrale de l'enquête, début 2015, des entretiens avec des organisateurs et financeurs viendront compléter le premier panorama présenté ce jeudi à la Maison de la Poésie.

 

Evolution, pour les manifestations ayant répondu aux 2 enquêtes

 

En 2014, 12 des 63 événements répondant de 2009 ont disparu. Les 30 ayant répondu à la fois par les deux enquêtes sont concentrées pour plus de la moitié d'entre elles dans Paris. Elles sont majoritairement apparues dans la décennie la plus prolifique en termes de créations, soit de 2000 à 2009, et concernent principalement des manifestations généralistes ou axées sur la BD. 

 

À l'issue de ces 5 années écoulées, les réponses comparées semblent indiquer une évolution de la fréquentation, généralement à la hausse. Pour ce qui touche aux budgets, les manifestations qui ont connu une progression sont deux fois plus nombreuses que ceux qui font état d'une restriction. Cela n'est pas dû aux subventions publiques, généralement stables, avec des hausses plus nombreuses que les baisses en ce qui concerne communes, intercommunalités et Région.

 

En termes de conditions d'intervention des auteurs, la donne semble constante : les événements qui rémunéraient les écrivains le font toujours, soit la moitié des 30 concernés, quand ceux qui ne proposaient que le défraiement voire aucune rétribution n'ont pas changé de politique.

 

Un maillage du territoire suivant la densité de population

 

Comme nous l'avons vu plus haut, c'est entre 2000 et 2009 que l'Île-de-France a connu un véritable pic dans le nombre de créations d'événements littéraires. Depuis 2010, ça se tasse. La moitié des répondants existe depuis plus d'une décennie (46 %), et, tandis que 22 % sont apparues entre 2000 et 2004, seulement 24 % ont connu le XXe siècle. Le phénomène serait donc plutôt jeune, ayant émergé surtout depuis les années 1990.

 

L'échantillon observé comprend néanmoins 7 dinosaures créés entre la fin des années 1950 et la fin des années 1980, ce qui représente 10 % du panel. 

 

La moitié (44 %) est recensée dans Paris intra-muros, notamment les plus anciennes, tandis que le reste est réparti de manière relativement équilibrée entre les autres départements. Ces dernières ont été un certain nombre à s'implanter dès les années 1980. Mais c'est surtout entre 2000 et 2009 qu'elles ont connu un taux de croissance entre 100 et 400 %, selon les départements, ce qui a permis de rééquilibrer le maillage, alors que le taux parisien n'était que de 64 %.

 

La particularité des événements situés hors Paris, c'est qu'ils sont une majeure partie à avoir noué des partenariats avec les bibliothèques locales. Les partenariats avec les libraires sont de mise pour la moitié du panel, que ce soit dans Paris où à l'extérieur. Ces collaborations sont encouragées par les collectivités territoriales. Par ailleurs les généralistes seraient davantage attirés par la capitale, quand ceux axés sur la BD s'implantent majoritairement hors de Paris.

 

Modes de financements divers, et subventions publiques

 

Ces manifestations livresques ne proposent pas toutes la vente de livres, bien que ce soit le cas pour une large majorité (88%). En fonction des cas, elles sont assurées par les éditeurs, ou par les libraires (77%). Les maisons d'édition constituent des partenaires pour 25% des événements, contribuant notamment à la logistique voire à la programmation. 

 

Plus de la moitié des manifestations sont portées par des association, tandis que la composition médiane des équipês en termes de salariés est relevée à hauteur de 4 personnes. Sur 29 répondants, la moitié des salariés seraient engagés en CDI et dans ce cas généralement à temps plein. Mais le recours au bénévolat serait très fréquent, avec une médiane située à 15 personnes.

 

Dans le panel, 45 manifestations ont déclaré leur budget, la médiane étant évaluée à 26.000 euros, la moyenne à 300.000 euros. Elles sont 18 à posséder un budget situé entre 10.000 et 50.000 euros, et 9 avec un budget supérieur à 100.000 euros, contre 9 avec un budget situé entre 1000 et 5000 euros. L'accès au public est gratuit dans 78 % d'entre elles.

 

Les sources de financement sont diverses, mais les répondants jugent les aides publiques primordiales dans la constitution des budgets, qui s'appuient notamment sur les  subventions d'Etat et de collectivités territoriales. Les partenariats privés et les aides comme celles mises en place par la Sofia peuvent apporter un complément.

 

Par ailleurs, les partenaires financiers peuvent adopter des stratégies visant à soutenir la pérennisation des événements, comme avec la formalisation des demandes et la préférence progressive pour des partenariats s'étalant sur plusieurs années.

 

Quelle rémunération pour les auteurs intervenants ?

 

Un accroissement des rémunérations d'auteurs concorderait avec la période allant de 200 à 2009, période de la fondation de l'association d'organisateurs de manifestations : RELIEF. À terme, celle-ci se fixe l'objectif de tendre vers la généralisation et la normalisation de la rétribution des écrivains. Le CNL et la Sofia y contribuent également, en conditionnant l'attribution de leurs aides en ce sens.

 

 

La différence de politique en la matière ne divergerait pas tellement en fonction que l'on se place dans la sphère des fêtes et festivals, ou dans celle des salons et marchés : les événements sont nombreux à ne pas rémunérer les écrivains. Certaines interventions d'auteurs demandent de leur part un certain temps de travail et de préparation, et deux tiers des festivals concernés rétribuent désormais leurs intervenants, contre seulement la moitié en ce qui concerne les salons et marchés.

 

Plus de la moitié des manifestations, dont le budget a été renseigné et se situe au-dessus de la barre des 50.000 euros, offriraient une rétribution. Mais lorsque les budgets sont inférieurs, le taux diminuerait de manière brutale. Globalement, la tendance serait que plus on a de l'argent à disposition et d'autant plus on aurait tendance à verser une rémunération.

 

Fréquentation en hausse et insciption dans le paysage local

 

La fréquentation, basée sur les déclarations de 57 événements, est estimée à près de 620.000 visiteurs. Mais seuls 35 d'entre eux ont mis en place un système de comptage. Selon 60 % des organisateurs, la fréquentation aurait tendance à évoluer, et tendre à la hausse pour plus de la moitié de ces derniers. 

 

Globalement le paysage des manifestations littéraires est décrit comme hétérogène, que ce soit en termes de format, de taille, durée ou budget, et autres politiques de tarification et rétribution. Si la moitié reste basée à Paris, il semblerait que le maillage de l'espace tende à se rééquilibrer.

 

Les subventions incitent les manifestations à s'inscrire durablement dans le paysage local, ce qui favoriserait la collaboration entre les différents professionnels du livre comme les librairies, bibliothèques et médiathèques.

 

L'enjeu de l'accessibilité à la lecture compte notamment au rang des ciments de cette relation, et ce, que l'axe des manifestations soit d'ordre commercial ou purement culturel. 

 

  Les manifestations littéraires franciliennes à la loupe : évolution, pérennisation...