Livre : Maka Kotto "protéger l'identité et la culture québécoises"

Nicolas Gary - 03.12.2013

Edition - International - prix unique - Québec - Maka Kotto


Le ministre de la Culture québécois, Maka Kotto, a annoncé avoir reçu un mandat permettant de construire une loi encadrant le prix des livres, papier comme numérique. Durant les neuf premiers mois de leur commercialisation, le rabais consenti sera de 10 % du prix public. Une mesure « qui permettra de protéger l'identité et la culture québécoises », assure-t-il.

 

 

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woody1778a, CC BY SA 2.0

 

 

Les débats ont été nombreux, de même que les rassemblements de professionnels, notamment durant le Salon du livre de Montréal. Et le ministre a entendu les appels : « L'encadrement du prix des livres neufs imprimés et numériques permettra de consolider le réseau de librairies qui garantit un accès diversifié aux livres et d'assurer des lieux de diffusion à nos auteurs québécois dans toutes les régions », promet-il.

 

Avec 12.000 emplois, l'industrie du livre est la plus importante du secteur culturel, générant près de 800 millions $ CA. Et Maka Kotto de souligner : « Notre action sera aussi bénéfique pour les lecteurs et les consommateurs qui pourront continuer d'avoir accès à l'expertise des libraires et aux milliers de titres qu'ils offrent. »

 

36 mois à 10 % de rabais maximum

 

C'est au cours de la prochaine session parlementaire que le projet de loi sera présenté ; il sera intégré à la Loi sur le développement des entreprises québécoises., afin de mieux intégrer le livre numérique. Une fois adoptée, la loi sera en vigueur pour une période de 36 mois, afin de mesurer son efficience - et le gouvernement pourra décider en conséquence de la maintenir ou de l'abolir.

 

À la commercialisation, le livre sera proposé au prix établi par l'éditeur, et le revendeur pourra opérer une remise de 10 %, au cours des neuf premiers mois. Par la suite, le rabais sera à la libre appréciation du vendeur. 

 

Le mouvement Sauvons les livres, réunissant différentes organisations professionnelles, s'est immédiatement réjoui de cette décision. Élodie Comtois, porte-parole du mouvement explique : « Le prix réglementé vise à éviter que les géants américains du commerce de détail en ligne écrasent le réseau québécois de librairies par une guerre de prix sur les nouveautés comme ce fut le cas en Angleterre et aux États-Unis. C'est l'absence de réglementation qui nuit au consommateur, qui subira une hausse des prix quand les plus gros joueurs auront pris toute la place, écrasant au passage les librairies, les éditeurs et les auteurs. Cette loi, qui ne coûtera rien à l'État, doit transcender les lignes partisanes. »

 

« Au retour des fêtes, lors du dépôt du projet de loi, tous les partis politiques devront saisir l'occasion de défendre concrètement les intérêts culturels, identitaires et économiques du Québec, en protégeant le livre et en assurant le rayonnement de la littérature. Il leur faudra appuyer ce projet de loi qui devrait tous les réunir» affirme Katherine Fafard, directrice générale de l'Association des libraires du Québec.

 

 

Une étude des résultats sur 36 mois

 

Du côté politique, les réactions ne sont pas unanimes : Christine Saint-Pierre, représentante du parti libéral du Québec estime que le gouvernement ne cherche qu'à gagner du temps. Selon elle, cette annonce démontrerait que la culture n'est pas une priorité. La Coalition avenir Québec déplore qu'une pareille décision frappera directement les consommateurs : « C'est encore la même famille, étouffée, égorgée par les taxes, qui va payer plus cher ses livres. Et rien ne nous garantit qu'il y aura une augmentation du lectorat. » Il conviendrait plutôt de soutenir les librairies, et les aider à prendre place sur internet

 

Le P.D.G. de la chaîne Renaud-Bray, Blaise Renaud s'interroge à ce titre de la concurrence avec les marchands situés à l'extérieur du territoire québécois. « Qu'adviendra-t-il des marchands Internet qui sont situés en Ontario ou aux États-Unis ? À Amazon, qui a ses entrepôts à Toronto? Ils pourraient techniquement continuer de facturer au rabais à des consommateurs québécois, alors qu'il serait interdit aux libraires établis au Québec d'adopter de telles pratiques. »

 

À ce titre, la période probatoire de 36 mois sera particulièrement importante. Si le mouvement Sauvons les livres souhaite d'ores et déjà que l'on maintienne la législation, mais surtout qu'on la renforce, la fondation littéraire Fleur de Lys se réjouit qu'un examen particulier soit prévu. L'éditeur numérique avait demandé « d'établir une base de référence spécifique des statistiques des ventes de livres en rapport avec une éventuelle réglementation sur le Prix unique du livre ».