Livre papier : les éditeurs US « optimistes », les analystes un peu moins

Clément Solym - 05.03.2012

Edition - International - éditeurs - numérique - livre papier


Pour une fois que les éditeurs reprenaient confiance et se risquaient à parier sur une année plus faste en termes d'équilibre des comptes... D'après une étude menée par Digital Book World, ils ne sont que 5 % à s'attendre à une « baisse significative » de leurs ventes de livres papier. Un « optimisme dans le pessimisme » que les analystes jugent un peu prématuré, et qui sera d'autant plus facilement déçu au moment de la véritable transition structurelle.

 

Les chiffres communiqués il y a quelques jours par l'Association of American Publishers (AAP) ont dégagé bien des espoirs pour les éditeurs américains : d'après leurs résultats, 2011 a été le témoin d' « une baisse générale des ventes de 4,1 % sur l'année », mais aussi d'une progression du marché du livre numérique qui avoisine les 117,3 %. (voir notre actualitté)

 

L'Eldorado numérique s'annonce à l'horizon ? Pas pour les analystes, qui jugent qu'il faudra tenir la barre pendant quelques années, le temps qu'un nouveau modèle économique se mette en place. En attendant, les éditeurs devront garder un oeil sur les récifs immergés : James L. McQuivey, de l'agence Forrester Research, chargée de l'étude, parle d'un « optimisme dans le pessimisme », soulignant que « le déclin des ventes n'a pas eu lieu. Et quand il aura lieu, ce sera d'un seul coup, pas par des étapes graduelles ».

 

Chute des liquidités annoncée

 

 

McQuivey compare la situation actuelle du livre papier à celle de la musique et des DVD, qui ont fait les frais de baisses constantes de leurs ventes, avant une chute spectaculaire et très rapide. Cassandre bien malgré lui, l'analyste parie sur « un avenir similaire pour le livre, probablement pour la fin de l'année, sans aucun doute pour 2013. »

 

L'étude de Forrester Research a été menée auprès d'éditeurs américains représentant 74 % de la profession : l'année dernière, 12 % d'entre eux s'attendaient à une baisse significative de leurs recettes provenant du livre papier. Pour les spécialistes, les éditeurs se laissent endormir à grands coups de poudre numérique : certes, les ventes d'ebooks augmentent, et permettent même à certains éditeurs (Penguin, Simon & Schuster) d'équilibrer à peu près leurs ventes malgré le déclin du papier. Au prix de marges très confortables sur les livres numériques, bien plus importantes que sur une édition papier.

 

La conversion structurelle du secteur n'est de toute évidence pas achevée, comme la soutiennent les analystes : les ventes numériques ne décolleront pas sans une plus forte attractivité. Dominés par des réflexes monopolistiques (Amazon, leader du marché, propose jusqu'à 70 % du prix de l'ebook en royalties à ses auteurs), les petits éditeurs « d'albums illustrés ou de livres de cuisine » pourraient bien être les premières victimes de la transition, avance Thad McIlroy, un consultant en édition numérique.

 

Les éditeurs, même « optimistes », ne se font guère d'illusions : ils ne sont que 2 % à s'attendre à des « recettes significatives » en provenance de l'édition papier. Plus que moribonde, l'édition papier aux États-Unis a connu une baisse significative de ses ventes d'environ 16,5 % sur l'année, d'après les chiffres de l'AAP.