Livres interdits en prison, les détenus devront payer pour lire

Nicolas Gary - 15.09.2018

Edition - Justice - prisonniers lecture payante - ebook prison catalogue - interdire livre papier


Des prisonniers privés de livres ? L’administration pénitentiaire de Pennsylvanie prévoit d’interdire l’envoi d’ouvrages, sous prétexte qu’ils alimentent le trafic de drogue. Et dans le même temps, le Pennsylvania’s Department of Corrections entend vendre son service d’ebooks. Ouch.

 

in jail
Martin Fisch, CC BY 2.0
 

 

Le DOC est formel : les livres gratuitement envoyés aux prisonniers sont « une voie majeure pour la drogue » dans les prisons. Aussi, un système de contrôle sera mis en place, interdisant l’accès à des ouvrages papier, pour basculer vers un système entièrement numérique. Ce dernier est facturé 150 $ pour l’achat d’une tablette bas de gamme, et 3 $ chargés supplémentaires pour un ebook. 

 

La lutte contre les trafics de drogue en prétexte ?
 

« Aucun livre, aucune publication, ne sera envoyé directement à un détenu. Nous n’accepterons plus que des ouvrages soient donnés directement à des détenus », indique l’autorité. Par conséquent, elle réfléchit à la manière d’intégrer directement les titres arrivés dans les bibliothèques des établissements.

 

Tout part d’un courrier de détenu, que le DoC met en avant pour justifier son action. Sauf que, de toute évidence, la lettre en question fait état d’une demande de dictionnaire — et certainement pas de drogues. Les motivations semblent donc suspectes…
 

 

 

Le Prisoners Lit Project, par lequel des bénévoles font parvenir des colis de 30 à 40 ouvrages chaque semaine à des prisonniers, s’en étrangle. « Interdire les livres issus des programmes d’organisations spécialisées est inhumain », explique PLP.
 

Payer pour lire, l'autre scandale

 

Et plus encore, déshumaniser la lecture pour ne la rendre accessible qu’à travers un système numérique — donc potentiellement contrôlable au plus haut niveau — est tout aussi détestable. La nouvelle politique en vigueur, estime PLP. 

 

D’ailleurs, quid de ces fameuses tablettes ? On parle d’un modèle vraiment bas de gamme, totalement inapproprié, et coûtant trois fois plus cher qu’une tablette type Amazon Fire, vendue en prix public autour de 50 $. Et qui, elle, est conçue pour la lecture, en dépit de l’écran LCD. Mais plus encore, ces produits ne disposent pas de service après-vente : en cas de problème avec la machine, la seule solution sera d’en racheter une autre. Écologiquement douteux…

 

Quant à l’offre, on parle de 3 $ par livre, pour un catalogue limité à 8500 ouvrages, le tout signé avec un prestataire privé en contrat avec l'État. Le scandale étant déjà de faire payer des détenus pour qu'ils puissent disposer d'ouvrages, chose pourtant considérée comme essentielle dans leur réhabilitation.
 

La prison, espace d'aliénation ?
Pour le droit à la lecture des détenus

 

Jodi Lincoln, membre de l’organisation Book’Em, n’en revient pas non plus : « Nous considérons que l’accès aux livres dans une prison est une question qui relève des droits humains, et nous nous battrons pour cela. »

 

 

 

Des pétitions sont déjà en cours, et des actions initiées à travers le pays pour influer le cours de cette vilaine histoire. Brel Grote, de l’Abolitionist Law Center, voit d’ailleurs la catastrophe sociale se profiler, après avoir reçu de nombreuses plaintes. « En quelques jours, j’ai compris que cela allait certainement impliquer des années de litiges prolongés et que ce serait un moment déterminant pour l’avenir des prisons dans cet État. »

 

Auteur d'un best-seller, il doit rembourser
le coût de son emprisonnement... à vie

 

Le drame étant que cette approche puisse se généraliser. Et comme le souligne une lectrice nous ayant alerté sur le sujet : « Comme si l’administration pénitentiaire ne pouvait pas faire renifler les bouquins par des chiens renifleurs, ou les faire contrôler par des gardiens… » En effet. 

 

 

via Boing Boing




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