Livres : le top 10 des ventes représente 2,5 % du marché en France

Nicolas Gary - 14.12.2013

Edition - International - prix unique du livre - Québec - législation


La bataille rangée se poursuit au Québec, opposant les partisans d'une législation en faveur de la régulation du marché du livre... et ses contradicteurs. Récemment, c'est e parti Culture Centre du Québec qui est intervenu pour apporter son soutien, directement au mouvement Sauvons les livres, impulsés par des professionnels du secteur. 

 

 

Miss.Tic au Salon du Livre

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

La prise de position se fait sans nuance : CCQ défend l'idée d'une restriction sur les rabais pratiqués, autant qu'un effort pour venir en aide aux librairies. Selon Louis Caron, président de la commission Littérature du Conseil de la Culture, « la vente des best-sellers contribue pour une part importante à la survie financière des librairies indépendantes ».

 

À ce titre, les membres de la commission comprennent aisément que dans la concurrence qui les oppose aux grandes surfaces que les indépendants ne peuvent apporter les mêmes conditions commerciales. La loi serait donc là pour encadrer et réguler les pratiques commerciales.

 

Ainsi, « les librairies indépendantes ne peuvent se permettre de vendre leurs livres à perte en palliant ce déficit avec les profits engendrés par le reste de leur marchandise générale ». Considérant l'importance des indépendants dans le développement de la culture et l'accès au savoir, Culture Centre-du-Québec estime comme fondamental de préserver le tissu de ces commerces. 

 

Selon une enquête internationale portant sur « l'alphabétisation et les compétences des adultes de 2003, 49% des Québécois âgés de 16 à 65 ans éprouvent des difficultés de lecture et que 800 000 d'entre eux sont analphabètes ».

 

Le prix unique, l'exemple français

 

En parallèle, le Syndicat national de l'édition a fait oeuvre de pédagogie : interrogées par l'International Publishers Association, Christine de Mazières, secrétaire générale, et Catherine Blache, chargée de mission pour le Syndicat, ont défendu l'intérêt d'un prix unique du livre - introduit en France depuis la loi de 1981. Une prise de parole importante, alors que le Québec est en pleine effervescence sur ces questions.

 

A ce jour, le prix unique « a joué un grand rôle dans la stabilisation de l'industrie et de la diversité culturelle. Nous avons 4500 éditeurs en France, avec 600.000 titres disponibles et 75.000 nouveautés chaque année », précise Christine de Mazières. Et peut-être est-ce dans cette législation qu'il faut comprendre l'absence de best-sellerisation, puisque le top 10 des ventes de livres ne représente que 2,5 % du marché, contre 15,7 % au Royaume-Uni.

 

Avec 2500 librairies indépendantes, pour 26.000 salariés, le secteur représenterait 45 % des ventes totales - contrairement à la situation outre-Manche, où les indés ne pèsent plus que pour 4 % assure le SNE.

 

Dans ce contexte, étendre la loi sur le prix unique au livre numérique était une continuité logique, défend le SNE. Depuis mai 2011, la législation a été adoptée, avec toutefois de sérieux problèmes d'application, puisqu'en l'état, par exemple, l'offre couplée, numérique+papier, est techniquement illégale. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir tenté de faire ouvrir les yeux sur les lacunes du texte...

 

Bien entendu, la loi sur le prix unique du livre est une législation protectionniste, mais l'on préfère parler de « conditions de concurrence équitables pour tous les libraires ». Tout en soulignant l'impact auprès des lecteurs qui peuvent « accéder à une plus grande diversité de livres », chose impossible s'il n'existait qu'un seul revendeur - suivez mon regard, direction Seattle...