Loevenbruck : 'Mon Tour de France pour aider la librairie indépendante'

Clément Solym - 19.04.2012

Edition - Librairies - Henri Loevenbruck - librairies indépendantes - Tour de France


Henri Loevenbruck est écrivain. Romancier. Spécialité, Thrillers. Et flippants. « En chiffres : né en 72, 13 romans traduits dans 15 langues, 1 médaille, 2 enfants, 1 chat, 1 moto, 1 tatouage, 4 névralgies cervico-brachiales par an », précise-t-il sur Twitter. Il oublie de préciser : 1 moto. Ou du moins, 1 passion pour la moto. Qui va l'entraîner durant 10 jours à parcourir la France et ses librairies indépendantes, dans un tour qui n'a rien à envier à celui des cyclistes. 

  

Du 14 au 22 mai, Henri chevauchera l'une des deux Harley prêtées par Davidson, pour accomplir un pèlerinage moderne. « Quand j'écrivais L'Apothicaire, mon dernier roman, j'ai eu besoin de retrouver les étapes du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Un trip en moto que l'on a fait avec un photographe et un blogueur. Harley nous avait sponsorisés pour ce projet, et ils nous ont rejoints pour le Tour de France des libraires inondé. »

 

Pour L'Apothicaire, Henri avait besoin de découvrir, noter, retenir les lieux et les détails les plus précis possible. Quand on s'attelle à un roman qui se déroule en 1313, le sens des détails, ça compte. « C'est ce voyage qui a provoqué l'envie de poursuivre et créer ce Tour de France. Depuis un long moment, avec la Ligue de l'Imaginaire, nous réfléchissons à des moyens d'apporter notre aide à la librairie indépendante, en tant qu'auteurs, et de mettre en valeur leur travail. »

 

 

 

« Pour ce tour, j'ai voulu retrouver deux choses. D'abord, me calquer au maximum sur le tour de France du compagnonnage et c'est à peu près la même boucle que celle qu'ils pouvaient effectuer. Ensuite, il y avait la contrainte du temps : en 10 jours, arriver à faire la boucle, et parcourir les villes. »

 

C'est qu'en même temps, y'a de jolis noms de villes à vin, sur la liste. (éclats de rires) « Non, non. Tous les soirs, on aura la dédicace, puis on ira dîner et ensuite on s'occupera de faire le montage vidéo de l'événement, et j'écrirai un texte pour raconter la journée. Mais ce n'est pas une balade pour le pur plaisir. » Ouais, bon… On m'ôtera pas de l'idée que partir à Bordeaux, sans prendre un verre, c'est pécher… 

 

« Pour le choix des villes, d'ailleurs, il fallait trouver celles qui correspondaient au tour des Compagnons, et celles où l'on trouverait une li librairie indépendante. Beaucoup de Fnac nous ont sollicités, mais ce n'était pas le projet. Il faut que ce tour profite aux librairies dans lesquelles nous nous arrêterons, mais surtout, que l'on puisse en faire profiter la Librairie, en général. Parce que les indépendants, on n'en trouve plus autant que cela. L'accompagnement médiatique autour de ce road trip va jouer pour beaucoup. »

 

En cette période de livre numérique, le projet a d'autant plus d'importance. « Personnellement, je pense que l'on va assister à une période de flou durant cinq ou six ans, mais que rapidement, les éditeurs comme les auteurs vont profiter de l'essor du livre numérique. En revanche, pour les librairies, c'est plus compliqué. Il faut savoir transformer et modifier son activité. La chance qu'elles ont, c'est que les gens sont encore attachés au papier.


D'ailleurs, je crois en ce sursis, tant qu'à l'école, les élèves n'auront pas une tablette pour étudier. Aujourd'hui, ils achètent, lisent, découvrent et étudient sur des manuels de papier. Mais dans 10 ou 15 ans, la présence des tablettes en primaire, cela changera tout. Mes enfants, ils ne savent pas du tout ce que c'est, un CD - enfin, si : les miens. Ils n'en ont pas, et toute la musique, c'est sur leur iPod, iPad ou autre, qu'ils en écoutent. En revanche, ils ont toujours des livres. »

 

« Peut-être que l'avenir, pour eux, ce serait de ne plus louer 1000 ou 2000 mètres carrés de surface pour stocker des livres, mais d'avoir un exemplaire de chaque ouvrage, et une borne de téléchargement, pour proposer la vente des versions ebooks. Cela leur permettrait de faire leur travail de prescription, tout en modifiant leur activité. Je ne dis pas que c'est la seule solution, mais c'est sûr, leur métier va changer. »

 

Dans moins de 30 jours, ces questions seront en partie au centre du voyage autour de la France.

 

« Avec la Ligue, on pense déjà à l'an prochain, comment arriver à d'autres rencontres. Reproduire le tour, en faisant venir l'un des membres à chaque étape. À notre simple niveau, on tente de toute manière d'encourager nos lecteurs à choisir les librairies indé. Les chaînes, c'est pratique, mais il faut comprendre que c'est en dernier recours. Même sur les sites de nos éditeurs, nous avons demandé à ce que le seul lien de vers un site de vente, ne soit pas celui d'Amazon uniquement, mais que l'on puisse en trouver plusieurs. » 

 

Gageons qu'Henri pensera aussi à se faire un peu plaisir, à avaler de la route. « Ça va être superbe, c'est clair. D'ailleurs, faudra remercier un peu Harley. Ils nous fournissent avec les motos un suivi technique. Impossible de rater une date ! »