Loi sur le génocide arménien : des livres seront brûlés

Clément Solym - 23.01.2012

Edition - International - Arménie - Turquie - France


Les questions autour du génocide arménien ont largement débordé le cadre législatif que la France met en place. Alors qu'une proposition de loi, qui sanctionne toute négation de génocide, doit passer en examen au Sénat aujourd'hui, et probablement être adoptée, la Turquie grince des dents. Et c'est plutôt strident...

 

À l'initiative de ce projet, Nicolas Sarkozy, qui avait manifestement envie de se mettre à dos la Turquie, un peu avant la fin de son mandat. Et comme Ankara ne cesse de protester, l'adoption par la chambre parlementaire va exacerber la tension qui règne depuis les premiers pas de ce projet de loi.

 

Déjà que le petit Nicolas avait fait des pieds et des mains pour que la Turquie n'entre pas dans l'UE, voilà autant de bonnes raisons de garder des relations saines. 

 

 

Pour le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, il va de soi qu'Ankara attend de voir comment les sénateurs français se comportent, avant que d'autres mesures soient prises. Pour mémoire, fin décembre, l'ambassadeur turc en France avait été rappelé, et toutes les rencontres, manifestations ou discussions furent coupées avec Paris. 

 

A cette occasion, il nous avait été rapporté, de personnes proches du ministère de la Culture : « Nous souhaitons que les relations culturelles ne soient pas rompues » Et notre interlocuteur d'ajouter : « Nous avons eu une politique de soutien et d'échange dans différents secteurs culturels, le livre en fait partie, dans une certaine mesure. » (voir notre actualitté

 

Des livres seront brûlés...

 

Mais le ministre ne décolère pas, évoquant « une honte » pour la France.

 

« Si chaque parlement met en oeuvre des décisions qui reflètent sa propre vision historique, une nouvelle période d'inquisition commencera en Europe », expliquait-il ce matin à l'agence de presse turque Dogan, citée par Reuters. « Des livres opposés à cette vision historique vont commencer à être brûlés. »

  

En octobre dernier, le Centre national du livre avait organisé une manifestation, Arménie, Arménies, invitant des auteurs à refaire le voyage depuis Marseille jusqu'à Paris, dans un Orient Express.  « C'est une occasion historique double : d'abord, parce que l'on célèbre les 20 ans de l'indépendance de l'Arménie. Ensuite, c'est une anticipation du Centre, puisque l'an prochain la ville d'Erevan a été désignée comme Capitale mondiale du livre par l'UNESCO », expliquait le président du CNL, Jean-François Colosimo, à ActuaLitté. 

 

Marc Nichanian, l'un des auteurs invités, soulignait à ce titre : « La catastrophe, ce ne sont pas les morts, ni les gens que l'on tue. La véritable catastrophe, plus que la diaspora, c'est la mort du témoin. »