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Loi Travail : ”L'édition a toujours eu 10 ans d'avance pour les régressions sociales”

Antoine Oury - 12.09.2017

Edition - Les maisons - Loi travail manifestation - édition loi travail - édition emploi


À l'appel de la CGT, plusieurs milliers de manifestants se sont réunis à Paris et en France pour protester contre la réforme du Code du Travail par ordonnances, premier grand chantier du quinquennat d'Emmanuel Macron. Dans le cortège, la Filpac-CGT, la CGT Culture, la CGT Spectacle et le SNJ CGT faisaient front commun pour mettre en avant la précarisation déjà bien engagée de leurs métiers, avec la crainte que la situation ne fasse qu'empirer après la réforme.


Manifestation du 12 septembre contre la Loi Travail Macron
Le 12 septembre 2017, à proximité de la Place de la Bastille, à Paris (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 


Dans les rangs de la manifestation, dominée par les couleurs de la CGT, avec quelques touches de FO, Solidaires et une légère pointe de CFDT-Métallurgie, le discours est tranché : « Il n'y a strictement rien à sauver aujourd'hui dans les ordonnances du gouvernement : ce n'est pas en donnant plus de pouvoir aux employeurs que l'on va résoudre les problématiques sociales aujourd'hui, au contraire, on le voit depuis 30 ans » souligne Pascal Lefebvre, secrétaire fédéral de la Filpac CGT, Fédération des travailleurs des industries du livre, du papier et de la communication.

 

Au sein du cortège, beaucoup s'entendent pour dire qu'ils combattent de nouveau ce qu'ils ont combattu l'année dernière, au moment des manifestations contre la Loi El Kohmri. « Ces ordonnances vont plus loin par une remise à plat de la philosophie du Code du Travail : il a été créé au XIXe pour protéger le droit des travailleurs face aux liens de subordination qui les liaient à leur employeur. Là, c'est l'inverse, on sécurise les employeurs et on précarise les travailleurs. »

 

Pour la CGT, les ordonnances doivent être retirées, « pour que l'on puisse se mettre autour d'une table et discuter d'un vrai projet social, à l'ère du XXIe siècle, avec de nouvelles garanties pour les salariés dans un univers en pleine mutation, avec un chômage de masse », tandis que FO s'est montré plus réservé et que la CFDT a considérablement limité les possibilités de manifestation. 

 

Les représentants des personnels craignent une précarisation poussée des travailleurs, semblable à celle que l'on observe en Allemagne suite aux lois Hartz, mises en place entre 2003 et 2005. « Les CDI de chantier, la rupture conventionnelle collective, c'est fait pour remplacer des salariés à statut par des salariés précarisés : aujourd'hui, l'Allemagne se retrouve avec un taux de pauvreté en forte hausse, avec un nombre de travailleurs pauvres en explosion », précise Pascal Lefebvre.

 

Dans l'édition aussi, « la dictature des marchés »

 

La précarité dans l'édition avait quelques années d'avance pour les correcteurs, selon la SGLCE, le Syndicat général du livre et de la communication écrite CGT. « L'édition a toujours eu 10 ans d'avance pour les régressions sociales, si on a envie de voir ce qu'il va se passer dans la société française, dans le monde du travail, il faut regarder ce qu'il s'est passé 10 ans auparavant dans l'édition : les paiements en droits d'auteur avec l'Agessa, puis le micro-entrepreunariat... C'est l'ubérisation avant l'heure », résume Christophe Versailles du SGLCE-Correcteurs.

 

L'éclatement des droits des travailleurs ne s'opère pas tout seul, et, dans le cas des correcteurs, c'est en les sortant de leur statut de salariés pour les réemployer en autoentrepreneurs ou sur la base de missions définies que l'employeur « a fait perdre des droits et une bonne partie des revenus » aux correcteurs, souvent, qui plus est, travailleurs à domicile et donc plus fragiles que leurs collègues.

 

Correcteurs précaires : une démarche “cavalière” de Françoise Nyssen

 

« Macron veut que tout le monde ait du boulot. C'est possible, mais les gens seront même obligés d'en avoir deux ou trois, pour se retrouver avec 800 € en fin de mois. Je connais des correcteurs qui terminent avec 300 € par mois, ce n'est pas possible », explique Christophe Versailles.

 

La situation difficile des correcteurs est désormais connue, tandis que les négociations avec l'organisation patronale, le Syndicat national de l'édition, patinent depuis de nombreuses années. Sollicitée, la ministre de la Culture Françoise Nyssen, qui était elle-même membre du bureau du SNE, a fini par prévenir le Directeur du Travail adjoint, qui a rencontré une délégation du SGLCE-Correcteurs. À présent, le rendez-vous est pris pour une nouvelle commission mixte paritaire, le 29 septembre, pour laquelle le SNE aurait demandé l'inscription à l'ordre du jour de « l'engagement des discussions sur le statut des travailleurs à domicile, thématiques et calendrier ».

Manifestation du 12 septembre contre la Loi Travail Macron

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

En attendant cette rencontre, la précarité et les conditions sociales difficiles font l'objet d'intenses discussions autour de la caravane commune des syndicats du livre, du papier et de la communication. Avec en ligne de mire la financiarisation de l'édition, et la concentration des activités, et notamment de la distribution-diffusion, par Hachette, Editis et Madrigall, « trois oligopoles qui sont en train de tuer le monde de l'édition, notamment indépendante ».


Groupe Editis : une rentrée sur fond de négociations sociales

 

« Nous sommes là dans un système où ces trois oligopoles commencent à avoir une mainmise sur la culture et sur la diffusion littéraire qui devient insupportable dans une démocratie. Une dictature des marchés, et notamment de ces trois acteurs, s'est installée sur la lecture, comme on l'observe aussi pour la presse et l'information », termine Pascal Lefebvre.