Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Loin des yeux, collection érotique de la Bibliothèque d'Etat russe

Julien Helmlinger - 25.06.2014

Edition - International - Collection érotique - Bibliothèque d'Etat - URSS


Au sein de la Bibliothèque d'État de Russie, établissement livresque moscovite parmi les plus vastes de la planète, est conservée une collection d'ouvrages érotiques qui ont été interdits par le régime soviétique au fil de plusieurs décennies. Le Spetskhran, abréviation russe signifiant Section de stockage spécial, était chargé de conserver les publications sensibles, qu'elles soient classifiées ou jugées idéologiquement dangereuses. Une matière littéraire rangée loin des yeux, accessible uniquement avec l'aval de la Première direction générale du KGB.

 

 

Le Kremiln, CC by 2.0 par John Leach

 

 

En cette collection jugée trop sulfureuse pour le regard du public, se côtoient écrits politiquement dissidents et autres oeuvres plus ou moins pornographiques. À son apogée, la section créée par les bolcheviques aurait rassemblé plus de 12.000 titres érotiques, en provenance du monde entier. Elle couvrait la littérature japonaise du XVIIIe siècle comme la romance américaine de l'ère Nixon. Aujourd'hui encore, ce répertoire de collections spéciales est conservé en Russie, et toujours difficilement accessible au grand public.

 

The Moscow Times, qui a eu l'occasion de visiter les lieux, non sans être dûment accompagné par la surveillante principale Marina Chestnykh, nous dépeint le contenu des étagères. On y trouverait toutes sortes d'ouvrages érotiques, des illustrations présentant des femmes aux seins nus, et autres reliques de débauches aristocratiques datant d'avant la révolution. Et notamment une série de gravures intitulée Les sept péchés capitaux, par l'illustrateur Vasily Masyutin...

 

L'un des grands contributeurs à la constitution de ce fonds jugé trop sulfureux pour le peuple aurait été le bibliothécaire Nikolai Skorodumov. Sous la protection du chef de la police secrète stalinienne Genrikh Yagoda, il aurait été autorisé par ce dernier à rassembler une vaste collection personnelle. Les collectionneurs partageaient peut-être quelques passions communes, l'appartement du policier ayant eu la réputation d'avoir recelé une importante collection de godemichets. 

 

Au décès de Skorodumov, le NKVD (prédécesseur du KGB) se serait emparé d'une partie de la collection du bibliothécaire, rachetant notamment 1763 livres érotiques et 5000 brochures et magazines pornos à la veuve du défunt. Dès lors, ces oeuvres n'étaient plus accessibles au petit peuple, mais les membres de haut rang du Parti communiste en revanche pouvaient y accéder. 

 

Une collection que l'on n'aura pas restituée aux héritiers depuis, mais qui reste conservée dans la Bibliothèque d'État. À l'exception des pièces qu'auront emportées pour leur propre plaisir certains chefs d'État et bibliothécaires peu scrupuleux, confie la surveillante principale.