London Book Fair : l'édition turque passée au check-up

Julien Helmlinger - 18.04.2013

Edition - International - London Book Fair - Edition turque - Elif Shafak


Tandis que le baromètre du marché de l'édition affiche quelques nuages à l'horizon international, la Turquie comptait parmi les invités de la London Book Fair. Et le pays a sponsorisé son lot d'auteurs à promouvoir en terre britannique, avec l'objectif d'assurer des contrats pour voir un minimum de 100 titres nationaux traduits à destination des marchés de langue anglaise. Contre toute attente, le fer de lance de la littérature turque lors de l'événement n'est pas le Nobel Orhan Pamuk, grand absent, mais sa compatriote Elif Shafak, née à Strasbourg.

 

 

 

 

 

À l'occasion de la Foire, ce sont près de 150 écrivains, éditeurs, traducteurs, artistes et universitaires turcs qui ont pris part à 80 activités focalisées sur le marché du livre en Turquie. Autant d'interventions sur la thématique, lancée conjointement par le ministre de la Culture Ömer Çelik et son homologue britannique Ed Vaizey, et complétées par des expositions, des ateliers d'artisanat traditionnel et autres spectacles musicaux.

 

Une édition turque qui a le vent en poupe

 

Si l'économie turque progresse actuellement de 3 % annuels, le secteur de l'édition se porte encore mieux, avec un accroissement de 300 % sur la dernière décennie écoulée. La production des éditeurs nationaux aurait atteint les 480 millions de titres en 2012, toutes catégories confondues, selon les estimations de Münir Üstün, de l'Association turque pour la presse et l'édition.

 

A ces premiers chiffres, Metin Celal de l'Association turque des éditeurs ajoute que 1790 maisons d'édition composent aujourd'hui le paysage éditorial national. La production de livres est menée par le secteur des manuels scolaires, suivi des titres culturels, dont 68 millions d'ouvrages auraient été imprimés en 2012. Au niveau des exportations à l'étranger, c'est le registre de la fiction qui se trouverait en tête.

 

Diverses caractéristiques à optimiser

 

Si la Turquie a beaucoup fait parler d'elle récemment pour des questions de censure, les acteurs nationaux s'en défendent. La pratique n'y serait pas pire qu'ailleurs, mais ce ne sont certainement pas les membres de PEN International qui valideraient cette position...

 

Parmi les obstacles qui ralentiraient le développement de l'industrie du livre turc, les professionnels pointent avant tout un manque de traducteurs. Et pour y pallier, le gouvernement soutiendrait activement le TEDA, fonds dédié à la traduction créé en 2008. Un programme qui a financé 1300 titres, dont 800 ont déjà été traduits et publiés à l'étranger, surtout par des éditeurs allemands et anglais. Plus récemment,  le TEDA a participé au financement de formations à destination de ceux qui souhaiteraient exercer la profession. 

 

Dans le cadre du développement de l'offre numérique, les consommateurs turcs hésiteraient encore à réaliser leurs achats par Internet, en raison notamment d'un manque de confiance à l'égard des paiements en ligne. Une frilosité qui contribuerait à inhiber la croissance des ventes d'ebooks, même si le potentiel est conséquent.

 

Le gouvernement turc investit également à ce niveau. Il aurait injecté entre 3 et 4 milliards de dollars dans le projet Fatih, visant à numériser des ressources éducatives et permettre la transition de certains élèves depuis l'usage des manuels imprimés vers celui des tablettes. Un programme qui intéresserait notamment Apple et Samsung qui pourraient y trouver quelques débouchés commerciaux.

 

Un marché local croissant pour la Turquie, qui pourrait bien profiter en parallèle d'un accroissement de la demande de littérature turque à destination des publics étrangers.