Londres : la fermeture de deux bibliothèques coûte trois fois leur ouverture

Joséphine Leroy - 28.05.2016

Edition - Bibliothèques - bibliothèques Carnegie Minet - Londres bibliothèques occupation - budget coûts bibliothèques


À cause de coupes budgétaires, le Lambeth Council avait décidé en mars de la fermeture de deux bibliothèques dans le sud de Londres : la bibliothèque Carnegie et la bibliothèque Minet. Seulement, selon des données obtenues grâce à la Loi pour la liberté d’information, ces fermetures temporaires coûtent trois fois plus au Lambeth Council que leurs ouvertures. 

 

Carnegie Library

(Tom Bastin, CC BY 2.0)

 

 

Une demande de publication d’un document dans le cadre du Freedom of Information Act — adopté en 2005 dans le cadre de la Loi pour la liberté d’information — a révélé que la fermeture de ces bibliothèques coûtait trois fois plus cher que leur ouverture. 

 

Le Lambeth Council paie de manière conséquente des agents de sécurité travaillant pour des entreprises privées : en tout, cela coûte 2 212 £ par jour pour la protection des deux sites, alors qu’auparavant elles coûtaient en tout et pour tout 874 £ (sans compter les services de prêts ou les services numériques). Ces données prennent appui sur une période précise : du 31 mars (date à laquelle les bibliothèques ont été fermées) au 15 avril (date de la demande). Sur ces 16 jours, 35.392, 68 £ auraient été dépensées pour la protection des deux bibliothèques. 

 

Un porte-parole du Lambeth Council ne trouve pas ce raisonnement pertinent : « Au conseil d’administration, nous travaillons à faire des économies, en réponse à une coupe budgétaire de 56 % appliquée par le gouvernement. Nous avons dû tout équilibrer pour la période 2010-2018 et nous devions faire des économies de plus de 238 millions £, et donc supprimer 500 emplois. »  

 

« Ce plan permettra de récupérer 800.000 £ cette année, dans le cadre de notre budget annuel alloué aux bibliothèques. [...] Nous avons conscience que les changements actuels dans les bibliothèques ont suscité de l’inquiétude, et des manifestations coûteuses devant les bibliothèques, mais le Conseil fait ce qu’il peut pour préserver les services, protéger les plus nécessiteux, et appliquer les coupes budgétaires demandées », conclut-il. 

 

 

 

La majorité des frais de sécurité dépensés pour sécuriser la bibliothèque de Carnegie (25.000 £) ont été dépensés lorsque des habitants locaux ont occupé le bâtiment. Mais même lorsque les habitants ont cessé d’occuper le lieu, les frais quotidiens de sécurisation — 1382 £ — étaient encore trois fois plus élevés que les frais habituels de fonctionnement. Pour la bibliothèque de Minet, voisine de celle de Carnegie, les frais de fonctionnement ont quasiment doublé. La protection de la bibliothèque Minet a coûté 677 £ par jour à la place des 386 £ par jour pour les frais de fonctionnement. 

 

Les deux sites, censés rouvrir l’année prochaine, seront métamorphosés. Plus de bibliothèques telles qu’on l’entend, mais des « centres communautaires » à la place, dirigé par Greenwich Leisure Limited, où l’on trouvera un espace gym privé et un espace bibliothèque sans employé. La fermeture de ces bibliothèques a été vivement critiquée, d’une part parce que c’était une période d’examens, mais aussi parce que certains ne conçoivent pas qu’une bibliothèque puisse être sans employé. 

 

Le soutien des auteurs

 

Les 40 occupants de la bibliothèque de Carnegie avaient reçu l’appui de 220 auteurs et illustrateurs (Nick Hornby, David Nicholls, Ian Rankin ou encore Sophie Kinsella). Dans une lettre ouverte, ils écrivaient début avril : « Nous pensons que les bibliothèques sont essentielles pour toutes les communautés, et que chaque bibliothèque a besoin d’avoir des bibliothécaires formés. Hormis la passion que suscite une telle opposition, illustrée par l’occupation de la bibliothèque Carnegie, le Lambeth Council a décidé (...) qu’elle fermerait celle de Waterloo et qu’il y aurait des licenciements dans la bibliothèque de l’Upper Norwood Joint. »  

 

L’opinion publique s’était aussi émue du sort réservé aux bibliothèques

 

 

(via The Guardian