Londres : les auteurs mobilisés contre la suppression de la bibliothèque Carnegie

Joséphine Leroy - 11.04.2016

Edition - International - bibliothèque carnegie Londres Angleterre - mobilisation suppression manifestants


Les manifestants militent devant la bibliothèque depuis le 31 mars, à Londres, parce qu’ils désapprouvent une décision du Lambeth Council :  le remplacement la bibliothèque par un « centre de bien-être », dirigé par Greenwich Leisure Limited. La décision avait été prise il y a environ un an. Avec ces soutiens de poids, les manifestants retrouvent l'espoir de contrecarrer cette perspective. 

 

Carnegie Library

(Sonja Stark / CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

Le remplacement bibliothèque publique du sud de Londres s’inscrit dans un contexte difficile pour les bibliothèques de l’ensemble du pays. Le Lambeth Council avait critiqué cette occupation et rappelait que l’établissement rouvrirait « au début de l’année 2017 » et qu’il réunirait « un espace bibliothèque » et un « espace santé et fitness accessibles aux publics ». 

 

Mais, dès le début du mouvement, des auteurs comme Stella Duffy, Rae Stoltenkamp, Toby Litt et Joanne Greenway exprimaient leur soutien sur les réseaux sociaux. À cette liste s’ajoutent maintenant les écrivains Neil Gaiman, Nick Hornby et Colm Tóibín, eux aussi mobilisés en faveur du maintien de la bibliothèque.

 

Dans une lettre ouverte publiée sur Bookseller, ils écrivaient début avril : « Nous pensons que les bibliothèques sont essentielles pour toutes les communautés, et que chaque bibliothèque a besoin d’avoir des bibliothécaires formés. Hormis la passion que suscite une telle opposition, illustrée par l’occupation de la bibliothèque Carnegie, le Lambeth Council a décidé (...) qu’elle fermerait celle de Waterloo et qu’il y aurait des licenciements dans la bibliothèque de l’Upper Norwood Joint. » 

 

Cette suite de fermetures et de coupes d’emplois fédère la mobilisation d’un nombre important d’auteurs, au même titre que le mélange des genres à l’œuvre (fitness et espace dédicace plus que bibliothèque), qui n’est pas du goût de tout le monde. Le 6 avril, le nombre de signataires s’élevait à 220 auteurs.

 

L’une des signataires, Stella Duffie, vit à Carnegie et rappelle l’importance des bibliothèques dans sa propre vie : « Si je n’avais pas connu de bibliothèque, je ne serais pas devenue auteure. Je viens d’une famille de sept enfants (...). Les bibliothèques m’ont donné la possibilité de comprendre que le sort du monde dépassait le cadre familial dans lequel je vivais. »

 

Et, en temps de crise économique, la bibliothèque est plus que jamais nécessaire : « À l’image de beaucoup de quartiers de Londres, celui-ci souffre de privations et symbolise une idée générale de ce que sont les bibliothèques pour beaucoup de gens dans des temps difficiles, c’est-à-dire un refuge. » Retirer des espaces culturels ou les combiner avec des espaces inadaptés aggraverait la situation. 

 

Selon une étude menée par la BBC, il y aurait eu, dans le pays, 350 bibliothèques supprimées en 6 ans et 8.000 licenciements occasionnés par ces suppressions. 

 

Le Conseil s’est défendu en précisant qu’il aurait dû mobiliser 238 millions £ entre 2011 et 2018 pour sauver les emplois et les bibliothèques, ce qui équivaut à la moitié de son financement. (via The Guardian)