Los Indignados, dans le sillon de Stéphane Hessel

Clément Solym - 30.05.2011

Edition - Société - espagne - indignatos - hessel


93 ans, bon pied, bon oeil, l'ancien diplomate Stéphane Hessel est en passe de voler la vedette à Harry Potter, dont le dernier film sort prochainement. C'est que les révolutionnaires de tous les pays auraient plutôt tendance à brandir Indignez-vous, que Les reliques de la mort. Question de référentiel ?

Avecplus de deux millions de ventes en France et bientôt 400.000 en Espagne, ce petit livre chemine maintenant vers des aventures en Chine et aux États-Unis. Pour l'heure, c'est en Espagne justement, que le livre nous mène, alors que l'indignation gronde dans le pays, et que Los Indignados revendiquent ouvertement la cause hesselienne.

Souvenirs de guerre et d'indignation

Ces milliers de personnes qui manifestent aujourd'hui, c'est quelque chose qui le touche, avoue-t-il, tentant d'apporter son éclairage au mouvement social qui se propage maintenant dans le pays.

Lui-même se souvient, durant la Seconde Guerre mondiale, de cette différence frappante entre la colère ressentie et le désir de combattre. En s'engageant pour lutter contre l'Allemagne nazie, il souhaitait se battre, l'indignation, et la colère sont venues au moment de la signature de l'Armistice. Et ont motivé sont entrée en résistance, aux côtés de De Gaulle.

Une paix qui n'était pas une véritable paix, se souvient-il, rongée par l'humiliation d'une défaite militaire. (voir El Pais)

Exercice de conscience démocratique

Aujourd'hui, la révolte qui monte fait envisager un « été européen », après le « printemps arabe », chose qu'Alain Juppé ministre des affaires étrangères ne croit pas. « Il y a un point commun, c'est le chômage. Grosse différence, c'est la démocratie. Nous nous l'avons, eux [NdR : les pays arabes] ne l'ont pas, ils se battent pour ça », a-t-il expliqué sur Canal+, hier.

Sans oublier d'en tirer les conséquences, notamment en ce qui concerne les revendications face aux injustices.

Pout sa part, Stéphane Hessel se contente d'appeler les jeunes espagnols, comme d'ailleurs, à se rendre dans les bureaux de vote. Au cours d'une conférence qui se tenait à Rennes, celui-ci a lancé : « Nous vivons dans des États de droit, avec des élections, des parlements, des gouvernements. Manifester, cela ne suffit pas. Si l'on veut changer quelque chose, il faut le faire par des gouvernements. S'abstenir dans les votes, c'est être complètement à côté de la plaque. »

Et de conclure : « C'est mon appel à tous, en France et ailleurs : votez aux prochaines élections. Votez bien, mais votez ! »

Et pendant ce temps-là, Los Indignados poursuivent l'occupation de la place Puerta del Sol, à Madrid, depuis maintenant deux semaines.