Louis Aliot, maire de Perpignan, incompatible avec la poésie

Nicolas Gary - 23.07.2020

Edition - Société - prix poésie Mediterranée - éditions Bruno Doucet - Louis Aliot Perpignan


Le jeu de la chaise vide, toujours perdant ? Pas sûr. Face à une mairie qui a basculé vers l'idéologie d'extrême-droite, les éditions Bruno Doucey décident de passer leur tour. Pourtant, leur autrice, la poétesse Souad Labbize, a remporté le prix Méditerranée 2020. Mais quand Louis Aliot siège à la tête de la ville, c’est toute la manifestation qui finirait par souffrir ce de front national.

Aliot Louis_CC_Perpignan
 

Recevoir dans le contexte le 35e prix Méditerranée de Poésie, comme en de plus tranquilles circonstances, est toujours un honneur. Les différentes récompenses remises — du roman à la traduction, en passant par le poème — ont notamment salué Kamel Daoud en 2018, pour seul exemple. 

Sauf que depuis le 29 juin, c’est Louis Aliot, candidat du Rassemblement national qui l’a emporté. Jean-Marc Pujol, maire Les Républicains sortant n’aura été battu que d’une courte tête. Juste assez pour que les éditions Doucey préfèrent décliner. 
 

Liberté, liberté chérie


Le prix de poésie était allé à Je franchis les barbelés, de Souad Labbize paru en septembre 2019 et présenté comme suit : « D’abord ils ont coupé le cordon ombilical pour des raisons naturelles. Ensuite ils ont coupé le prépuce pour des raisons d’hygiène. Enfin ils ont coupé la langue pour des raisons de sécurité. » Tristement prémonitoire ?

Dans un communiqué détaillant sa position, la maison précise : « Ce livre écrit par une autrice algérienne porte haut et fort le combat des femmes pour leur liberté, paroles d’une rebelle, insoumise à tous les diktats des hommes et des religions. Un livre qui parle aussi de la douleur de l’exil et redonne des couleurs à la fraternité. »

Des thèmes que l’on sait incompatibles avec les vues du Rassemblement, ou du Front en son temps, dont le parti de Marine Le Pen, sa présidente, découle — au-delà de toute filiation sanguine. 

C’est que le prix de poésie, comme les autres, « placé sous la houlette du Centre Méditerranéen de Littérature (CLM), parrainé par la mairie de Perpignan, et sera remis par son organisateur, le nouvel adjoint à la Culture de la ville ». 

Raison pour laquelle, ce 3 octobre, les éditions Doucey et leur autrice laisseront une place vacante. 
 

Poéie de partage, de solidarité, d'ouverture


André Bonet, colistier de Louis Aliot, en charge des affaires culturelles de la ville, assurait n’avoir « rien pesé du tout », quand il fallut rallier l’équipe du Rassemblement. « Je l’ai senti porté par un vrai projet ambitieux pour Perpignan, avec cet esprit d’ouverture qui m’a séduit. Il ne m’a pas fallu plus d’une seconde pour lui dire oui », assurait-il en mars dernier. Ce dernier aura longtemps dirigé les Prix de la Méditerranée.

Bruno Doucey et Murielle Szac ne partagent pas ces convictions : « Dans le contexte politique actuel, il nous semble inopportun de paraître apporter la moindre caution à une équipe municipale qui incarne l’inverse de toutes les valeurs que nous défendons. »

Et pour s’assurer qu’aucune récupération ni instrumentalisation n’ait lieu, ils feront défaut. 

Avec ces mots, comme une gifle : « La poésie que nous défendons est celle du partage, de la solidarité, de l’ouverture à l’autre. Elle ne connaît ni frontière ni cadastre et ne se reconnaît aucunement dans ce qui divise et attaque le vivre ensemble et l’humanisme. »

Le Prix Méditerranée 2020 est allé à Mahi Binebine, auteur de Rue du pardon, chez Stock. Pour l’heure, la maison n’a pas communiqué son intention de boycotter ni de se rendre spécifiquement à la remise des récompenses.

En revanche, les auteurs lauréats avaient déjà signalé le 9 juillet dernier, dans Mediapart, qu’ils ne prendraient pas part à la cérémonie. « Par notre refus, nous souhaitons éveiller les consciences face aux idéologies du rejet et du repli sur soi », écrivaient-ils. 

Et d’ajouter : « Cette décision est motivée par notre souhait d’éviter tout amalgame et toute récupération ou instrumentalisation de la culture à des fins idéologiques ou politiques. »


photo : Louis Aliot - Perpignan Méditerranée Métropole, CC BY ND 2.0


Commentaires
Des informations alliot est pas autre Merci bon wee eend
Vivant dans une ville sous le joug de la ligue du Sud depuis 1995 et pour encore 6 ans, la question posée n'a pas qu'une seule réponse.

Refuser de venir ou pas recevoir un prix n'a pas forcément de lien avec la municipalité. Connaissant la poésie de Souad, je ne pense pas que ce soit l'équipe fraîchement élue qui lui ait décerné le prix.

Se pose alors une autre question, celle de la double peine pour la population n'ayant pas voté pour le RN.

Déjà que dans ces villes sous tutelle brune, la culture est mise à mal (le maire FN de Beaucaire avait annulé un Salon du livre devant avoir lieu une semaine après sa victoire…), est-ce la bonne solution de déserter cette ville?

J'admets que cette prise de position est médiatique, mais elle est sans effet, l'histoire de ma ville le prouve.

Quand la majorité des associations culturelles ont disparu de ma ville, cela a laissé le champ libre au maire pour faire ce qu'il voulait.

Toute opposition ayant déserté, peut-on se poser la question sur le lien entre ce fait et sa réélection à plus de 60% au 1er tour depuis… 25 ans ?
Non, je ne suis pas d'accord! C'est trop facile! Il faut se battre, et je vous écrit de Béziers. Lisez la parabole d'Anna Harendt sur le désert et l'oasis! Si l'oasis n'envoie pas des fruits dans le désert il sera lui même rapidement ensablé. Lors de la remise du prix vous lisez votre citation et d'autres, du livre, ça en clouera plus d'un. Il faut se battre putain!
Cet article devrait préciser que Souad Labbize n’est pas la seule et unique lauréate en poésie. Dans cette catégorie, il y en a eu 2 lauréats.
la poétesse Souad Labbize aurait dû tout simplement RENONCER au prix. Impossible de ne pas se dire qu'elle cherche à faire le buzz.. elle va tout de même encaisser la dotation du prix.
@Actualitté :

vous dites que "la poétesse Souad Labbize, a remporté le prix Méditerranée 2020". mais vous semblez ignorer que cette année il y a eu 2 lauréats : Carles Diaz et Soaud Labbize.
Augmentation de son salaire, sa nouvelle bonne femme nommée à l'administration du théatre de Perpignan



L'extrême droite ( oui oui ) de Louis Aliot FN ( oui oui ) peut tout se permettre, aucun média n'en parlera
André Bonet, président du centre méditerranéen de littérature et nouveau maire adjoint à la culture de Perpignan est quand même l'auteur d'un article hagiographique sur Brasillach journaliste et écrivain natif de Perpignan engagé dans la collaboration et la promotion d'un fascisme français.
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