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Loyers des librairies : Manhattan pèse des tonnes

Antoine Oury - 03.04.2014

Edition - Librairies - librairies - Manhattan - loyers élevés


Il n'y a pas qu'en France que la hausse des loyers menace le tissu commercial : de l'autre côté de l'Atlantique, à New York, les libraires désertent le quartier de Manhattan, et lui préfèrent Brooklyn, quand ils ne sont pas forcés de fermer boutique. La tournure des choses inquiète éditeurs et distributeurs, tandis que le maire de New York récemment élu, Bill de Blasio, a promis d'aider les petits commerces.

 


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Bluestocking Bookstore. Manhattan, New York, Été 2010 (istolethetv, CC BY 2.0)

 

 

En une douzaine d'années, le nombre de librairies implantées à Manhattan a chuté de 30 %, passant de 150 magasins à quelque 106 librairies. Les emplois créés par ces petits commerces sont également en chute libre, avec 46 % de baisse sur la même période, d'après les services de l'État. Si cette dépression concernait uniquement les librairies indépendantes dans les années 1990, les chaînes sont elles aussi sur la sellette, à l'instar de Barnes & Noble.

 

L'enseigne, qui passait autrefois pour le dévoreur de petits commerçants, se retrouve désormais dans une position similaire, si ce n'est pire : elle a perdu les clients qui se sont déportés sur Internet, sans pour autant disposer d'une base de fidèles consommateurs. Depuis 2007, B&N a ainsi dû se séparer de cinq espaces de vente.

 

« Il existe encore de grandes librairies, mais plus beaucoup par rapport au nombre initial. Comparée à d'autres villes, New York n'est plus une ville littéraire », assure carrèment Michael Pietsch, directeur exécutif de Hachette. Comme en France, où certains éditeurs (Gallimard, Albin Michel) ont racheté des ex-librairies Chapitre, certains comptent désormais sur les éditeurs pour préserver le réseau.

 

Certains commerçants se tournent volontiers vers d'autres quartiers de New York, voire même vers la proche banlieue, pour y implanter des succursales à leur magasin principal. Christine Onorati, copropriétaire de la librairie Word de Brooklyn, a ainsi choisi Jersey City, en périphérie de New York, pour sa nouvelle boutique, à laquelle elle a joint un café, pour boucler les fins de mois.

 

« Ce qui m'inquiète avec ces loyers en hausse, c'est qu'il faudra bientôt réserver sa librairie pour les gens riches. Faudra-t-il vendre uniquement ces ouvrages à la couverture de cuir ou ces livres d'art que seuls les gens riches peuvent s'offrir ? », explique la commerçante.

 

D'autres professionnels, comme David Rosenthal, président et éditeur chez Blue Rider Press, une filiale de Penguin Random House, voient dans ces problèmes structurels une évolution difficile, mais incontournable : « Nous allons devenir de plus en plus dépendants de boutiques qui ne sont pas des librairies à la base, mais qui vendent aussi des livres. C'est mieux que rien. »

 

Enfin, même Amazon était libraire à l'origine...

 

(via The New York Times)