Luis Sepùlveda : Moby Dick, de l'autre côté du miroir

Mimiche - 21.11.2019

Edition - - Luis Sépuveda rencontre - Anne Marie Métailié - Histoire baleine blanche


Erreur de débutant ! Imaginer qu'arriver un quart d'heure avant l'horaire d'une telle rencontre serait suffisant pour nous assurer l'entrée de la Station Ausone (la salle de conférences de la Librairie Mollat à Bordeaux) pour écouter Luis Sepùlveda parler de son livre « Histoire d'une baleine blanche » » ! Errare (mais alors plus jamais perseverare, c'est sûr!) : une salle comble avec plus de 250 personnes présentes, les places manquant, certaines ont dû rester debout !

 
Dans le cadre du 16ème Festival de Littératures du Monde, Martine Laval, conseillère littéraire du Festival, a donc accueilli sur l'estrade Luis Sepùlveda accompagné par Anne Marie Métailié, son éditrice et traductrice ainsi que Nayouz Chapin, l'interprète de la rencontre, devant une assemblée quasi en recueillement !...
 
En réponse aux premières questions de Martine Laval, Anne Marie Métailié a d'abord évoqué la magnifique aventure des éditions qui portent son nom et qui fêtent leurs 40 années de bons et loyaux services à la littérature et aux auteurs/autrices. Quarante années de passions, passées à apprendre un métier exigeant aux côtés de tous ceux qui font techniquement les livres. Et puis, (aussi, surtout, également,..?) quarante années à découvrir des auteurs qui, au fil des relations, sortent de la seule relation éditeur/auteur pour basculer, plus ou moins vite, dans une relation d'amitié.
 
Hispanophone (et -phile), en l'absence de barrière linguistique, c'est quelque chose qui doit s'assimiler à un coup de foudre qui, en 1992, a préludé, dans le train qu'ils ont pris à la gare Montparnasse où ils se sont rencontrés pour la première fois, à la parution du Vieux qui lisait des romans d'amour ! Une rencontre forte dont Luis Sepùlveda s'amuse, devant un public ravi, de quelques souvenirs malicieux : non les éditrices ne sont pas (toutes) des vieilles femmes de plus de 85 ans vivant dans des appartements remplis de dizaines de chats !!!...
 
Répondant ensuite aux invites de Martine Laval, l'auteur détaille alors la genèse du livre fort qu'il nous propose aujourd'hui, laquelle démarre dans sa jeunesse avec la lecture de Moby Dick, pour s'achever dans un conte magnifique qui emprunte autant à l’histoire vraie du baleinier américain Essex coulé par l'attaque d'un cachalot, en 1820, au milieu de l'océan Pacifique, qu'aux légendes et mythes des populations Mapuches (« les gens de la terre ») qui confiaient leurs morts aux baleines pour les transporter « de l'autre côté ».
 
Luis Sépùlveda avait toujours pensé que Melville n'avait pas abordé son histoire de Moby Dick sous l'angle des motivations du grand cachalot blanc. Et qu'il y avait donc un espace vide dans cette histoire.
 
Ces motivations, c'est dans la tristesse des Lafquenches (eux mêmes partie de Mapuches mais « gens du bord de mer ») spectateurs impuissants d'un cétacé échoué sur une plage de Patagonie qu'il les a trouvées, autant que dans les propres expériences de jeunesse sur un des derniers baleiniers chiliens où les marins analphabètes ne se réjouissaient pas de leurs chasses, pressentant inconsciemment le besoin de « soigner la mer », ou dans ses engagements aux côtés de Greenpeace dans des actions contre la pêche industrielle des navires Japonais, ou encore dans ses plongées avec des scientifiques pour tenter d'aller à la rencontre des baleines « les yeux dans les yeux ».
 
La baleine de son livre se met en colère, jusqu'à la haine, parce que rien ne peut excuser l'odieux orgueil de l'espèce humaine qui « prend (…) sans demander » et ne remercie pas, après.
 
Partagé entre pessimisme (« parfois, il me semble nécessaire qu'une météorite vienne mettre fin à tout cela ! ») et optimisme (« les choses s'améliorent sur le long terme, peut être insensiblement au cours de nos courtes vies ! »), Luis Sepùlveda a enchanté un public conquis qui a souligné d’applaudissements nourris ses positions environnementales à quelques occasions. Une longue file s'est ensuite formée pour une séance de dédicaces.
 
Une bien belle soirée.
 
Définitivement, je crois que son Histoire d'une baleine blanche est un conte pour enfants dont la lecture devrait être rendue obligatoire pour les adultes !
 


Luis Sepulveda, ill. Joëlle Jolivet, trad. espagnol (Chili) Anne-Marie Métailié - Histoire d'une baleine blanche – Métailié - 9791022609012 - 12 €


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