Lutte contre la mafia : Saviano demande, Matteo Renzi répond

Nicolas Gary - 03.03.2014

Edition - International - Roberto Saviano - Matteo Renzi - lutte contre la mafia


Le nouveau dirigeant italien, Matteo Renzi, et Roberto Saviano, l'écrivain le plus populaire dans les milieux mafieux, ont joué ce week-end aux questions réponses. Le second, dans une lettre ouverte publiée par la Repubblica, interpellant le premier ministre. Le premier répond alors par cinq points majeurs, toujours dans la Repubblica, en proposant un programme en cinq points pour lutter contre la mafia. 

 

 

++ Renzi, rimpasto? A Letta ho detto

Matteo Renzi

carlo.nidasio, CC BY SA 2.0

 

 

Faire de la lutte contre le crime organisé « une priorité du gouvernement et des institutions », est soudainement devenu l'étendard de Matteo Renzi, pour qui la question mafieuse « n'est plus simplement un problème italien », du fait de ses ramifications en Europe. Et pour commencer le combat, Renzi entend porter le fer contre « les actifs de la mafia », ce qui pourrait également avoir pour conséquence d'apporter du mieux à l'économie du pays. 

 

Saviano, auteur du célèbre livre Gomorra, qui raconte la vie de la mafia napolitaine, expliquait comment la camorra avait pris le contrôle de la vente de cocaïne en Europe, via des filiales situées à Madrid et Barcelone. Son livre, paru en octobre 2007 en France, l'avait mis sous le feu des projecteurs, et le transforma en porte-parole de la lutte contre l'organisation criminelle. Dans sa lettre, il explique que le trésor de la mafia a dépassé 10 % du PIB italien, et que « l'urgence est impérative ». 

 

Le blanchiment d'argent, les escroqueries, le racket, sont autant de choses à combattre au niveau local, qui s'est totalement fondu dans la vie italienne de tous les jours. « Dans tout ce processus, quand plus j'observe la Camorra, plus je vois les visages auxquels nous sommes habitués, et que nous connaissons, de femmes et d'hommes. […] Ce n'est pas un monde exclu du nôtre, nous sommes en plein milieu, il nous appartient et nous lui appartenons. »

 

Et de rappeler que nombre de morts se comptent déjà. « Nous devons agir, maintenant. Immédiatement. Parce qu'il est déjà tard. Il est déjà très tard », conclut-il.

 

Renzi semble avoir entendu l'appel de l'écrivain, et propose d'ores et déjà de mettre en place des systèmes de contrôle renforcés, mais souligne le besoin d'outils efficaces. Aujourd'hui, le pays serait incapable de « mordre » l'organisation, étant dépourvu de solutions efficaces. Un commissaire chargé de la lutte contre la corruption doit être prochainement nommé, et dans le même ordre d'idée, le premier ministre promet de l'aide aux victimes. « Jamais plus, la sensation d'être laissés seuls par l'État, après avoir dénoncé. » 

 

L'an passé, 4 milliards € de biens ont été confisqués à la mafia et un milliard et demi saisis : l'utilisation de ces ressources ont permis « de créer des emplois et des ressources ». Infiltrer les gangs, protéger les citoyens, modifier la législation actuelle. Et dans le même temps, démanteler les ramifications mafieuses au sein du système politique. Autant de belles paroles qui séduisent, mais ne semblent pas tromper les citoyens italiens. 

 

La réaction de l'écrivain s'est poursuivie sur Facebook, et voilà qu'il annonce prendre « au sérieux, comme un véritable engagement », les propos du premier ministre. « La tâche des gens comme moi, est de passer sa propre vie à dénoncer et observer et décrire ce qu'on voit. Et ne pas baisser la garde. Jamais. »