Lutter contre pornographie, violence et plagiat, pour une culture chinoise forte

Clément Solym - 12.05.2017

Edition - International - pornographie violence plagiat - littérature Chine numérique - nation culture chinoise


Dans son effort pour construire une Chine culturellement plus forte, le secrétaire général du parti communiste Xi Jinping a présenté son plan. Quatre attentes, qui concernent les artistes et les écrivains, lesquels seront chargés de guider le renouveau de la nation. 


Chinese Book
Stephanie Chiu, CC BY 2.0

 


Il revient aux artistes de consolider la confiance que les habitants portent à la culture chinoise, a demandé Xi Jinping. Mais plus encore, de se mettre au service de la communauté, et de créer des œuvres qui soient plus inspirantes, et d’autres classiques, afin de relancer le pays tout entier. Enfin, il les enjoint à se montrer plus innovants dans leur approche artistique. 

 

On n’ose pas imaginer que le secrétaire soit allé jusqu’à les inciter à faire preuve de liberté créatrice, mais soit. 

 

C’est à l’occasion du 10e Congrès national de l’Association de littérature et d’art, et du 9e Congrès de l’Association des éditeurs chinois que le secrétaire général du parti est intervenu. Ces manifestations, qui se déroulent tous les cinq ans, regroupent les différentes élites culturelles du pays, dans les secteurs de la littérature, de la musique, du théâtre, ainsi que du cinéma. 

 

Réclamer des œuvres positives, en mesure d’inspirer le quidam chinois ne manque pas d’originalité. « Pour relancer notre nation, nous devons être confiants vis-à-vis du chemin que nous prenons, dans notre théorie et notre système, ainsi qu’envers la culture. Les artistes devraient apprendre à tirer l’essentiel et le meilleur de la culture chinoise, pour façonner des œuvres classiques qui éveilleront les gens. »

 

Une culture chinoise forte pour renforcer la nation
 

Difficile de réclamer plus : ne manquent que les statues à la gloire du parti, insérées dans les romans et les ballets. « Les œuvres reflètent la puissance et la créativité d’une nation. La Chine devrait non seulement fournir au monde un modèle de développement, mais également une fantastique variété d’œuvres d’art », a-t-il poursuivi.

 

Et immédiatement, Yang Qingxiang, écrivain de 36 ans et professeur à l’université de Renmin, de poursuivre : « La confiance envers la culture chinoise est l’âme et la base des quatre confiances [exposées par Xi Jinping]. C’est la valeur fondamentale du développement culturel. »

 

L’universitaire souligne par ailleurs que, « depuis longtemps, la culture chinoise a été remise en cause par la culture occidentale dans notre pays. Le discours du secrétaire général nous donne une vision. C’est l’occasion, pour les artistes et les écrivains, et leur responsabilité, en particulier pour les jeunes générations, de relancer la culture chinoise et la nation. »

 

Ce trop-plein d’occident dans la vie chinoise s’était dernièrement manifesté par un resserrement des autorisations d’importations... de livres. En effet, au cours des cinq dernières années, les ventes de livres ont certes diminué dans leur ensemble sur le territoire, mais, dans le même temps, les traductions de titres occidentaux ont augmenté.

 

Parmi les mesures prises, un plus grand contrôle des importations, et des limites imposées aux éditeurs, dans l’achat de droits étrangers. Une mesure qui avait avant tout frappé la littérature jeunesse – des milliers de livres de ce secteur sont chaque année traduits en chinois. Et le gouvernement était alors bien décidé à réduire ce nombre à quelques centaines.
 

Le maudit marché numérique et sa croissance

 

Dans le même temps, il faudra également faire preuve d’une plus grande exigence à l’égard du marché numérique, a poursuivi l’universitaire. Alors qu’en 2016, le numérique représentait plus de 1,5 milliard d’euros, la qualité de la production inquiète les autorités. Plus de 300 millions de Chinois lisent en numérique, avec un taux de croissance de 25 %. Une enquête nationale a récemment montré que 68,2 % de la population avait essayé le livre numérique, soit une hausse de 4,2 % en regard de 2015. 

 

Problème : la pornographie et la violence sont encore monnaie courante sur les plateformes diffusant des textes – en libre accès ou par abonnement. Certes, les auteurs tentent de contourner les mesures de rétorsion, en employant certains mots plutôt que d’autres. Mais entre janvier et juin 2016, 20 plateformes de lectures ont tout de même été sanctionnées pour présence de contenus pornographiques. Et 30 000 liens éliminés dans le cadre d’une campagne nationale de lutte. Enfin, 1 400 romans ont été censurés pour les mêmes raisons...

 

L’autre grand enjeu, à travers la lecture de textes en ligne, est la lutte contre le plagiat, poursuit Yang Qingxiang : « L’industrie de la lecture numérique en Chine est dans une phase de développement intensif, et très efficace. Le marché manque globalement d’innovation et de liens avec ses lecteurs. Et la qualité reste faible. »

 

Comprendre : le plagiat est encore trop répandu. Les plateformes demandent en effet aux auteurs d’attirer les clients avec des ajouts de mots – ou des textes d’une longueur minimum. Se sont ainsi développés des logiciels pour aider les écrivains à gonfler leurs textes. Sauf que ces outils ne font en réalité que reprendre des contenus trouvés ailleurs sur la toile. 

 

Le pays n’a donc pas fini de chercher des solutions de confiance, pour trouver un nouvel avenir.