Lynchage médiatique : "du pain et des jeux" pour Hilary Mantel

Louis Mallié - 17.04.2014

Edition - Société - Hilary Mantel - Kate Middleton - Famille Royale


Dans une interview donnée au magazine NewStatesmann, l'écrivain anglaise Hilary Mantel est revenue sur le lynchage médiatique dont elle a été l'objet depuis l'an dernier.  Celui était la réaction (disproportionnée) à quelques petites métaphores piquantes sur Kate Middleton et la famille royale faites lors d'une lecture publique pour le London Review of Books...

 

Wills & Kate dolls

Nina J G, CC BY-ND 2.0

 

 

La romancière n'y allait pas par quatre chemins, et pour se le rappeler, il suffit de lire le titre de la partie la plus critiquée : «  A Plastic Princess Designed to Breed », soit « Une princesse plastique pour la reproduction »… Entre autres, elle y raillait la princesse, son « sourire en plastique », et ses « membres couverts de vernis ». Le reste de la famille royale y était également comparé à des pandas en cage qui n'ont pas d'autres desseins que d'être vus… 

 

Une princesse « aux yeux morts », qui arbore « un sourire en plastique », une sorte de « mannequin pour vitrine », dont l'unique but est de donner un héritier au trône, Hilary Mantel n'y était pas allée de main morte pour qualifier la petite Kate. « En fin de compte, elle a été appréciée pour les différentes parties de son corps, et non pour son intelligence ni son âme : c'est son ventre qui est au centre de l'histoire. Une dame royale, c'est un vagin royal. »

 

Le texte avec immédiatement fait l'objet d'un déchaînement médiatique. Le Daily Mail, avait parlé d'une « critique incroyable et venimeuse » , et le Sun, critiquant une « étrange diatribe » avait titré « l'injure à la princesse plastique ». Dans une interview à la BBC, le premier ministre David Cameron avait même défendu la duchesse, qualifiant ses propos de « peu judicieux ».

 

Lors d'une interview donnée au site anglais NewStatesman elle est revenue sur la véritable vendetta publique dont elle a été victime - et ce, en dépit de son statut d'auteure « respectable », première femme de l'histoire à avoir été deux fois lauréate du Book Prize Fiction... « Je pense que le niveau du débat public a baissé. Et pour vous rendre compte, il faut se retrouver au centre d'une campagne de haine comme celle dont je fais l'objet. » Elle a dit avoir été l'objet d'insultes personnelles et outrageantes : « Mary Beard [ auteure britannique ] a pointé le fait que si vous êtes une femme qui se risque à donner son avis en public, “vous êtes grosse et moche“ est vue comme la meilleure réponse qu'on puisse vous faire. » 

 

"Un simple divertissement"

 

Elle continue : « Ce qui m'interpelle, c'est que que les gens confondent cette débauche d'injure avec une sorte de liberté d'expression… Erreur. C'est en fait un simple divertissement qui ne vole pas plus haut que l'antique “du pain et des jeux.“ Pour la plupart des gens, l'engagement social et civique, le débat politique, et l'activisme ont été remplacés par ceci. Par l'absurdité. Par les platitudes. Finalement, beaucoup de tout cela , n'est que de l'abus et de l'intimidation. » Et de conclure sur le phénomène social : « Il y a aujourd'hui un vilain petit conformisme étriqué, et les gens gens ont peur de s'écarter de la norme. Je trouve cela triste. »

 

Cette dernière a également évoqué le harcèlement médiatique qui a immédiatement suivi l'article du Daily Mail sur ses écrits. « C'était très amusant de voir la presse camper sur le trottoir d'en face de ma petite ville en bord de mer : à la moindre grosse femme d'un certain âge qui passait, les journalistes se ruaient sur elle pour lui demander, après l'avoir mitraillée de photos “Êtes-vous bien Hilary ?“  Pathétique ! Mais finalement cela nous a beaucoup amusés. » C'est à n'en plus savoir qui amuse qui - en revanche on devinera aisément qui est le plus grotesque.

 

Quoi qu'il en advienne, l'auteure a donc su prendre l'affaire avec humour. Et elle termine ainsi, par une idée à laquelle auraient peut-être dû penser tous ceux qui ont tant tenu à défendre la royale image médiatique...  « Vous savez, j'ai 61 ans. Les gens pensent-ils vraiment que mon amour propre est attaché à mon personnage public ? »