Lyon : une enquête sur la gestion de la Villa Gillet embrase la municipalité

Nicolas Gary - 21.01.2016

Edition - Economie - Villa Gillet - subventions gestion - contrôle Lyon


La Villa Gillet est un centre pluridisciplinaire, dédié aux artistes et aux écrivains. Elle accueille chaque année deux festivals majeurs, les Assises internationales du Roman et Mode d’emploi, où, durant 15 jours, intellectuels, créateurs, performeurs se retrouvent, au croisement des sciences sociales et de la philosophie. Lieu artistique et de réflexion, il incarne également un espace dédié au livre, notamment avec son prix Franz Hessel, faisant le lien entre littérature française et allemande. Un idéal, si la Cour des comptes ne mettait pas son nez dans son fonctionnement. 

 

La villa Gillet

 

 

La Chambre régionale des comptes s’intéresse en effet à la gestion de l’association, dont l’hôtel particulier fait les délices des visiteurs. Son dirigeant, Guy Walter, aurait toutefois un mode de gestion trop personnel pour la Cour – avec une hausse de sa rémunération de 50 % en l’espace de cinq ans. La CRC n’a pas encore communiqué officiellement ses observations, mais Le Progrès en fait état : en dépit de son statut d’association, le conseil d’administration a peut-être accordé trop de latitude au directeur, note-t-on. 

 

Salaires, frais... effrois (dans le dos)

 

Guy Walter, à l’origine des deux festivals, serait passé de 68.170 € de rémunération annuelle en 2008, à 105.690 € en 2013. Des montants auxquels sont adjoints des remboursements de notes de frais, pour un montant de 57.000 € en 2013. Cumulé à son poste de directeur de Subsistances, il faudrait ajouter 68.000 € annuels. 

 

Pour Fabienne Lévy (UDI) : « Ce n’est pas le signe d’une gestion saine, vigilante et responsable [...] c’est la prise en considération d’une des remarques lourdes du rapport, à savoir une direction toute-puissante, une assemblée générale et un conseil d’administration relégués et quasi inexistants. Et surtout un contrôle défaillant de la part de la ville qui subventionne cette association à 90 % ! » (via Le Progrès)

 

Dans les observations de la CRC, on peut tout de même lire : 

 

Gouvernance opaque et sans aucun contrôle, comité de suivi qui ne s’est réuni qu’une fois en trois ans. Une direction toute-puissante avec un directeur dont les conditions financières laissent rêveur, +55 % en 5 ans. Au total, près de 10 600 € nets par mois, plus de 5 600 € de frais mensuels pour les deux structures.

 

Subistances avait déjà été frappé par un rapport diffusé en septembre 2015, et le directeur avait justifié ses appointements dans un entretien. On y apprend que le CNL, à l’époque du président Jean-François Colosimo, avait accordé une subvention pour Mode d’emploi d’un demi-million d’euros. Mais le directeur démentait toute incohérence dans ses revenus, ou ses frais. « [L]a Villa Gillet est assistée d’un cabinet d’expertise comptable et contrôlée par un commissaire aux comptes agréé. Or, aucun de ces professionnels n’a jamais rien trouvé à redire sur les notes de frais de l’ensemble du personnel de la Villa. » (via Le Progrès)

 

Embarras des élus, ou grande découverte ?

 

Pourtant, quand on évoque la prime du directeur, de 2000 €, changée en salaire, les élus locaux, Georges Képénékian, adjoint à la Culture, et Gérard Collomb, maire de Lyon, s’étranglent. Pas normal, évidemment, et de garantir que la ville corrigera cela. Et sur la question des frais, notamment liés à l’organisation du festival de New York, on souligne qu’il fut « commandé à la villa Gillet par Marin Karmitz, un proche de Nicolas Sarkozy, qui avait à cœur de faire rayonner la culture française dans le monde, mais sans en apporter les financements » (LyonMag) Diable. 

 

 

 

Walls and Bridges, le nom du festival de New York, fut en effet amorcé par le Conseil de Création Artistique, que dirigeait Martin Karmtiz – et qu’avait fondé Nicolas Sarkozy, alors à la présidence de la République. 

 

Pourtant la CRC pointe le comportement de la Ville, « formellement peu investie dans le suivi des actions menées malgré l’importance de son soutien financier et matériel qu’elle lui accorde », concernant Subsistances. L’adjoint à la Culture a assuré qu’une évaluation sera fournie, pour contrôler l’ensemble, mais la situation a rapidement dégénéré. (LyonMag)

 

Pour ce qui est des Assises internationales du roman, organisées avec Le Monde et en partenariat avec France Inter, la CRC a découvert des notes parfois cocasses. Et les magistrats d’assurer que « le suivi et le contrôle exercés par les collectivités publiques sont insuffisants ». Le retour d’une affaire type Agnès Saal ? Dans la presse locale, la comparaison ne manque pas de piment. 

 

Le rapport ne sera rendu public que mi-février, et contiendra l’ensemble des arguments des parties impliquées. Au titre de subvention, indiquons qu’en 2014, le Centre national du livre a versé la somme de 500.000 €. 

 

La vice-présidente du Conseil régional, déléguée à la Culture, Farida Boudaou, estime qu’il faut avant tout attendre les conclusions définitives pour avoir une vue d’ensemble. En l’absence du détail précis, prudence. Mais pas trop : « Le budget important de la Villa Gillet a été augmenté sous Nicolas Sarkozy avec le plan national Karmitz. Ce contexte très particulier a effectivement gonflé l’enveloppe budgétaire de l’association de plus de 2 millions d’euros. En même temps, le festival “Walls and Bridges” a été organisé aux États-Unis, ce qui a provoqué un afflux d’argent important pour la structure. » (Lyon Capitale)

 

Voici que le nom rejaillit, et que les contrôles qui s’exercent ailleurs auraient manqué de vigilance ? 

 

Intolérable, selon Laurent Wauquiez

 

Laurent Wauquiez, au lendemain des révélations, avait immédiatement réagi. Pour le numéro 2 de Les Républicains, « Il n’est pas tolérable que certains s’exonèrent de toute responsabilité au nom de la liberté artistique [et Laurent Wauquiez demande au maire un, NdR] véritable suivi de la gestion des organismes bénéficiaires des subventions ». S’il s’avère que les augmentations ont eu lieu sous la présidence du président de LR, la situation va devenir gênante. 

 

Pourtant, Laurent Wauquiez n’a pas hésité à dénoncer, fustiger, accabler, parlant d’une « dérive dans le mode de gestion précédent », et souhaitant que le contrôle soit plus « contraignant ». Un son de cloche qu’Emmanuel Hamelin, conseiller municipal et métropolitain n’a pas manqué de réverbérer. (Le Progrès)

 

Le prochain conseil municipal promet d’être animé...

 

L’affaire ne manquera pas d’apporter de l’eau au Moulin de Laurent Wauquiez qui, au cœur de la campagne des régionales, avait ouvertement attaqué l’Agence Rhône-Alpes pour le Livre et la Documentation « subventionnée annuellement par la région à hauteur d’environ 1 million d’euros ». 

 

De quoi provoquer une vive réaction de l’ARALD, pour qui les propos du candidat « [mêlaient] injustement les dirigeants actuels » et les « agissements délictueux d’un ancien salarié, licencié en 2012 et poursuivi pénalement par le Procureur de la République ». 


Pour approfondir

Editeur : Christian Bourgois
Genre : lettres et...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782267023657

Lexique nomade ; assises du roman 2012 ; Le Monde Villa Gillet

de Collectif (Auteur)

" Pour accompagner les Assises Internationales du Roman qu'organisent au mois de mai la Villa Gillet et Le Monde sera publié chaque année un lexique nomade. A chacun des auteurs invités, nous avons demandé de choisir un mot clé qui ouvre les portes de son oeuvre. Ce petit précis subjectif est une invitation au voyage dans la littérature d'aujourd'hui au gré de définitions originales dont le ton personnel ouvre des perspectives inattendues. Le choix des mots, la manière de leur donner vie est à chaque fois une expérience

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