Mabanckou : “Ces Africains sont assujettis à travers la langue française”

Nicolas Gary - 27.08.2018

Edition - International - Alain Mabanckou francophonie - Congo francophonie Macron - langue française dictature


La francophonie, Alain Mabanckou en est l’un des puissants représentants, et plus encore quand il refuse d’être associé au gouvernement français. Avec la publication de son dernier roman, Les cigognes sont immortelles, l’écrivain développe une vision toujours peu entendue.

 


 

 

Il comptait bien parmi les programmateurs de la France invitée d’honneur à la Foire du livre de Francfort, en 2017. Mais Alain Mabanckou avait surtout gardé en travers de la gorge l’intervention du président Emmanuel Macron pour l’occasion. Selon lui, l’actuelle francophonie et la politique qui la soutient relèvent de « la continuation de la politique étrangère de la France dans ses anciennes colonies ».

 

À ce titre, il avait refusé net l'offre du président français que de devenir un porte-parole pour l’Hexagone, de la francophonie institutionnelle. Mabanckou avait ainsi fustigé « les régimes autocratiques, les élections truquées, le manque de liberté d’expression, tout cela orchestré par des monarques qui s’expriment et assujettissent leurs populations en français ». Et une forme de laisser aller, vieille ritournelle de la Françafrique...

 

Emmanuel Macron avait déjà tenté une réponse, assurant que les tyrans qui sévissent dans leur pays en français n’obtiennent pas l’assentiment parce qu’ils s’expriment dans cette langue. Mais cette dernière incarnerait le symbole d’une forme pernicieuse d’asservissement, moins manifeste que d’autres. C’est tout le propos qu’il développait ce matin sur France Inter.

 

La langue de la dictature
 

Car le romancier va plus loin dans son analyse. Héritage de l’histoire coloniale, au cœur de son roman, la langue française de Mabanckou n’est pas celle de Houellebecq ni de son ami Foenkinos. « C’est un Congolais qui est en train d’écrire la langue de Voltaire, de Kourouma, de Sony Labou Tansi et il prend tous les accents. »

 

Car « la variété des accents redonne peut-être de l’espoir à tous ceux qui en ont perdu ». 

 

Son refus devant la proposition d’Emmanuel Macron, vient avant tout de ses origines, le Congo Brazzaville, « qui a rêvé de la liberté pendant longtemps [...]. Un président de la République est là depuis 32 ans, sous le regard satisfait de la France ». 
 

[Chronique : Les cigognes sont immortelles :
contre la guerre, rêver ]

 

Alors être ambassadeur « de la rénovation de la francophonie et de la langue française, il y a déjà une aberration, parce que cela fait déjà 16 ans que j’enseigne la langue française aux États-Unis ». Littérature des troubadours, surréalisme, Balzac et autres courants littéraires française et africaines d’expression française passent dans son cours.

 

Mais l’enjeu est avant tout une position politique : « L’organisation internationale de la francophonie est dirigée par un ou une secrétaire qui est voté par l’ensemble des membres qui constituent la francophonie. Parmi ses membres, il y a des pays africains [...] plus de 80 % sont des pays de dictatures. »

 

Et à ce titre, la langue française devient, par héritage et conséquence, la langue de la dictature. « Ces Africains sont assujettis à travers la langue française. Quand ont lit dans Les cigognes sont immortelles, [on lit] cette sorte de combat que je mène contre la post-colonie. [...] Parce que le Blanc, une fois qu’il est parti, nous pensions que nous avions toutes les libertés. Mais nous avons assisté aux assassinats les plus crapuleux. »

 

 

 

Un combat contre les dictatures, qui l’a rendu indésirable au Congo, pour avoir, à plusieurs reprises, critiqué le président Denis Sassou-Nguesso et ses actions.

 

 


On peut réécouter (et c'est particulièrement conseillé, voire vivement encouragé) l'émission ci-dessous.
 

 

 

Alain Mabanckou – Les cigognes sont immortelles – Seuil – 9782021304510 – 19,50 €

 

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Commentaires

qui l'empêche d'écrire et parler en swahili par exemple ?
Argumentaire nul. Quid de l'OEA ? de l'UA ? de l'ONU ? de la Caricom ? Tous sont en majorité composé de pays autoritaires pour ne pas dire plus ... Vraiment un néophyte en politique internationale le monsieur...

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