Macé-Scaron : Grasset restera éditeur "s'il accepte mon prochain livre"

Clément Solym - 07.09.2012

Edition - Les maisons - Joseph Macé-Scaron - plagiat - Grasset


Information ActuaLitté : L'année 2011 avait fait rire dans les couloirs : la rentrée littéraire était marquée au fer rouge par Ticket d'entrée, le roman de Joseph Macé-Scaron. Acrimed avait pointé une série d'emprunts fâcheux dans le livre récompensé par le prix de la Coupole. Une salve de mitraille pour l'auteur qui avait rapidement reconnu avoir fait « une connerie », nuançant : « Je prends habituellement en notes sur un cahier des éléments que je lis, qui me semblent intéressants ou drôles. À l'origine, je ne pensais pas me servir de ces extraits. » 

 

 

Crédit photo Lise Pressac

  

 

La belle affaire. Joseph Macé-Scaron est directeur du Magazine littéraire, mais également directeur adjoint du magazine Marianne. Autrement dit, un sérieux candidat pour une maison d'édition, en l'occurrence Grasset. Mais si dès la fin du mois d'août, on trouvait des marques d'inspiration piochées dans le livre de Bill Bryson, le journaliste niait toute « malhonnêteté intellectuelle ». Hélène Maurel-Indart, spécialiste universitaire du plagiait expliquait alors à l'AFP : « Si l'hommage ou le clin d'oeil à un auteur sert à masquer un vol, il perd sa légitimité. »

 

Sauf que la rafale ne faisait que commencer. L'Express pointait en effet que dans un précédent roman, Trébizonde, Macé-Scaron avait également emprunté à Ernst Jünger. 

 

Et quelques jours plus tard, c'est le livre de Rachel Cusk, Arlington Park, paru en 2007 chez L'Olivier dont on trouvait plus que des traces dans Ticket d'entrée. Nouvelle vague de défense de JMS : « On a tous appris en classe les fables de La Fontaine, enfin j'espère. Si vous prenez une fable de La Fontaine et vous prenez une fable d'Ésope à côté, on a l'impression que c'est du copier-coller. » Et de revendiquer le « jeu libre de l'auteur ». (voir notre actualitté)

 

Terra marique

 

La saison commençait bien pour le romancier, elle se poursuivra sur le même ton pour... le journaliste. Rebelote chez l'Express, qui trouve des éléments d'articles cette fois, signés par JMS et qui prenaient appui sur des articles antérieurs, d'autres journalistes - comme Delphine Peras, qui travaille à... l'Express. Un exercice sauvage d'intertextualité, dont on ne sortait plus.  Un problème de photocopieuse ?

 

 

Or, peu de temps après, c'était à Slate de démontrer que le journaliste avait une fâcheuse tendance au copier-coller réécrit à la va-vite. Cioran, Giono, le professeur agrégé de Lettres classiques Patrick Sultan étaient les victimes du plagiaire. Et pour tous les exemples précités, jamais il n'est fait mention ni des sources d'inspirations, ni de rien qui ne permette de remonter l'auteur originel.

 

Le 12 septembre de l'année dernière, Macé-Scaron s'incline... dans Marianne 2 et publie un acte de repentir d'anthologie : « J'ai dit et j'ai écrit du plagiat qu'il représentait, à l'instar de la lettre écarlate, une tache indélébile d'infamie. J'ai joué inconsidérément avec cette notion. Sans doute par un goût absurde de la désinvolture et selon une propension paradoxale à la mise en danger que je contemple aujourd'hui amèrement. J'ai péché par aveuglement et par orgueil. Je ne le cache pas. »

 

Grosses ventes, grosse notoriété, etc.

 

N'en jetons plus, la messe était dite. Mais pour le grand patron de Marianne, pas question de se séparer de son adjoint. Et à l'occasion d'un passage dans l'émission Des clics et des claques, JMS a confirmé l'inconfirmable. Quand il lui est demandé si son éditeur, Grasset, malgré l'affaire de plagiat qui a éclaboussé, recouvert, englué son roman, restera son éditeur, la réponse est affligeante :

 

 

Selon les chiffres donnés par la base Electre, le roman se serait vendu à 27.369 exemplaires, depuis sa parution - majoritairement en librairies indépendantes et magasins spécialisés (48 % et 37 %). Une manne pour l'éditeur ? Eh bien... Plus de 27.000 ventes, cela ne ressemble pas vraiment à un échec commercial. Assez pour convaincre l'éditeur de retenter l'expérience avec un auteur confondu, dans la presse, pour ses pratiques indélicates, pour dire le moins ? 

 

Was ist das ? Ein petite fenêtre ?

 

Contacté par ActuaLitté,  Manuel Carcassonne, directeur général adjoint de la maison Grasset trouve « étrange qu'il annonce des choses de cette nature », mais surtout, nous assure qu'aucun manuscrit n'a pour le moment été reçu, provenant de Macé-Scaron. Sur le nombre de ventes, nous attendons confirmation du chiffre donné par Electre, mais de toute manière, on est plutôt satisfait des résultats au sein de la maison. 

 

Quant à savoir si l'éditeur serait disposé à recevoir un nouveau manuscrit de l'auteur qui pour la rentrée littéraire avait fait rimer comme rarement ‘littérature' avec ‘rature', il est plus difficile d'obtenir une réponse claire. « Nous n'avons pas reçu de nouveau livre à ce jour », répète la maison Grasset, peu encline à prendre position. Et on la comprend : refuser officiellement un futur livre de journaliste, c'est assez compliqué. Surtout que l'on publie facilement des membres de la presse - mais nous reviendrons plus largement sur ces questions dans un dossier à venir.

 

Et puis... Macé-Scaron a le bras long : une contrariété mènerait facilement à se faire couper les chroniques dans l'un ou l'autre des journaux où il intervient, même si, comme on nous le précise, « au Mag Litt, on ne le voit jamais que pour la validation des couvertures ». Mais qui peut dire la peine et la colère d'un auteur-journaliste blessé dans son orgueil créatif, quand bien même celui-ci traînerait une réputation de plagiaire ?

 

Un plagiaire à 28.000 exemplaires, on ne s'en sépare pas si facilement.

 

 




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