Madrid : le Nobel J.M. Coetzee s'indigne à nouveau du traitement infligé aux animaux

Joséphine Leroy - 01.07.2016

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Le romancier et prix Nobel de littérature en 2003 J.M. Coetzee s’est de nouveau insurgé contre la maltraitance des animaux dans le cadre d’une conférence. La conférence avait été organisée par une association madrilène de défense des droits des animaux et s'est tenue ce jeudi 30 juin, au Musée de la Reina Sofía. 

 

(Compte Twitter du Musée de la Reina Sofia / @museoreinasofia

 

 

Le romancier s’exprime rarement en public. Végétarien et fervent défenseur de la cause animale depuis maintenant plusieurs décennies, il a choisi de prendre la parole sur ce sujet sensible. Il s’est donc rendu, ce jeudi 30 juin, au musée de la Reina Sofía, à Madrid, où il a trouvé une salle remplie, prête à écouter son intervention. Une intervention lors de laquelle il a lu des textes inédits. L’auteur de Disgrâce (éd. du Seuil, trad. Catherine Lauga du Plessis) a commencé sa lecture publique en demandant au public de ne rien enregistrer, comme le rapporte l'AFP. 

 

Le texte raconte l’histoire d’une auteure australienne qui entre en dialogue avec son fils. Pour l’ouvrir à la cause animale, elle convoque son imaginaire : si des abattoirs transparents se trouvaient sur des places publiques, en plein milieu des villes, tout passant pourrait « faire l’expérience de la mort réelle » des animaux. La confrontation avec ce réel serait insupportable. Par là, « les gens ne tolèrent l’abattage des animaux que parce qu’ils parviennent à n’en rien voir. »

 

Pour lui, la majorité des hommes sont coupables de pratiquer le spécisme, c’est-à-dire de faire de la discrimination entre les espèces et de considérer que l'homme est supérieur aux autres espèces. Ils se jugent « bien plus importants qu’eux [les animaux, NdR] » tout en leur « déniant toute conscience ». 

 

En Espagne, le débat autour de la tauromachie divise toujours. À la fin de sa lecture, une Madrilène lui a demandé pourquoi cette pratique traditionnelle existait toujours dans le pays. Que répondre ? Le romancier a montré son incompréhension, mais n’a pu répondre. En 2010, il s’était déjà opposé aux corridas en adressant une lettre, avec d'autres personnalités, aux députés du parlement catalan — la Catalogne restant très attachée à cette tradition. Les signataires de la lettre exigeaient que ces sanglants spectacles cessent. 

 

Si le romancier prend à cœur de défendre la cause animale, il n’en oublie pas pour autant les droits de l’Homme. En 2014, 27 Prix Nobel, dont deux de Littérature (Herta Müller et J.M. Coetzee, donc) avaient envoyé une lettre à Vladimir Poutine dans le contexte de l’organisation des Jeux olympiques de Sotchi. Une occasion, pour le gouvernement russe, de passer sous silence le traitement infligé aux homosexuels qui n’ont pas le droit d’exposer leur couple en public, d’une part, mais qui ont subi d'autre part l’instauration de nouvelles lois répressives. 

 

Un an auparavant, l’écrivain prenait également part à une pétition lancée pour la défense de la liberté d’expression en Chine. À l’époque, Liu Xiaobo, Prix Nobel de la paix (2010) et Président du Centre chinois indépendant (PEN) était emprisonné. Il l’est toujours.