Magazines vilains et pas chers, Neil Gaiman se souvient des pulps

Clément Solym - 14.11.2012

Edition - Société - pulps - magazines - littérature


Malgré ses nombreux précurseurs, la littérature de science-fiction a rencontré son assise éditoriale et son succès populaire dans les pulps, ces magazines bon marché à la couverture souvent criarde. L'un des plus connus reste Amazing Stories, une revue fondée en 1926-1927 par Hugo Gernsback. Au Festival des Utopiales ce week-end, ce fut, lors d'une conférence qui réunissait Neil Gaiman, G. Francescano,  L. Genefort, T. Pincio et Laurent Queyssi, l'occasion d'un retour nostalgique « sur ces premières scientifictions ».

 

Les pulps, ça vient d'où ? Neil Gaiman se souvient… « It was paper yellow and brown, a pulp paper. And the stories were terrible ». Les pulps, ou Pulp magazine, tirent leur nom du papier de mauvaise qualité qui servait à publier à moindre coût. 500 000 exemplaires étaient tirés environ par mois, avec des titres mythiques comme Amazing stories, Planet stories, Galaxy, Weird Tales (souligne Neil Gaiman).  

 

Peu cher, environ 10 cents pour le lecteur, les auteurs étaient payés 1 cent le mot. Souvenir, souvenir… certes, cheap et peu convenable à l'époque, cette littérature « nous a légué une énorme partie de nos héros », annonce L. Genefort. De plus, toutes les histoires étaient illustrées : le dessin était là pour « rendre crédible ce qui ne pourrait pas l'être dans le texte », stipule Laurent Queyssi.  Mais les pulps ont commencé à disparaître aux alentours de la Seconde Guerre Mondiale, avec le lancement des livres de poche. 

 

 

 

 

Ce qu'on retient aujourd'hui de ces magazines essentiellement pour adolescents, ce sont les couvertures criardes de la fiction pulp. Racoleuses et même provocantes, elles lorgnaient avec ce que Neil Gaiman nomme la soft pornography.  D'ailleurs, il ne faut pas oublier que ces couvertures étaient jugées horribles alors (la nostalgie d'une telle créativité vient a posteriori) et que les pulps étaient vendus à côté des revues pornographiques. Les magazines restaient cachés. Ce n'est que 20 ans après que ça a pris de la valeur, y compris esthétique.

 

Qu'en est-il de l'héritage des pulps aujourd'hui ? Retrouve-t-on ce vocabulaire et cette grammaire des auteurs de pulp ? Cette création débridée ? Cette urgence de production dans les écrits de pulps ? Outre évoquer les moyens commerciaux actuels, comme les séries télévisées,  ces magazines ont surtout permis de créer une série d'archétypes (les savants fous, les princesses perdues au fond de l'espace) et donner une matière de littérature populaire avec une création qui persiste.  

 

Neil Gaiman affirme aimer ce genre de travail qui était alors à recontextualiser, aux États-Unis, au milieu de la grande dépression, où cela permettait aux gens de lire des histoires du futur, de se créer un ailleurs.

 

Parallèlement au débat, l'exposition Amazing Sciences, lancée par l'Inser et le CEA, à la frontière entre la culture du pulp, de la science-fiction et de la recherche scientifique, présentait non loin des tables rondes l'esthétique pulp, hybride de création littéraire et de culture populaire.  « L'exposition Amazing Science a pour ambition de faire découvrir la recherche scientifique en cassant – par des codes culturels originaux – l'image d'une science parfois peu accessible et en investissant les territoires de l'imaginaire populaire », explique le communiqué.