Maintenir la précarité des auteurs pour garantir la bonne santé de l'édition ?

Nicolas Gary - 16.01.2020

Edition - Société - Vincent Montagne auteurs - rémunération minimum auteurs - rapport Racine auteurs


Les ventes de livres en 2019 ont peut-être augmenté, mais le partage de la valeur n’est pas encore au rendez-vous. En effet, le président du Syndicat national de l’édition évoquait sa défiance quant à l’intervention souhaitée du législateur. L’idée qu’une rémunération minimale — 10 % de droits d’auteur — soit inscrite dans la loi n’était pas souhaitable.


Janus devenu tricéphale - pixabay licence
 

En période difficile, indiquait Vincent Montagne, la tentation « est grande de se tourner vers l’État et les pouvoirs publics pour légiférer, encore et toujours, pour mieux normaliser ». Quelques mois plus tôt, à l’occasion des États généraux du livre, une revendication était unanimement portée par les organisations d’auteurs et sociétés de gestion : 10 % de droits d’auteurs garantis, minimum. Une demande balayée sèchement par le président du SNE durant ses vœux. 
 

Et pourtant, tout va bien, non ?


Pour l’heure, seule la Ligue des auteurs professionnels a répondu, officiellement. Dans une lettre ouverte adressée à Vincent Montagne, elle reprend : « Afin de garantir la bonne santé du secteur du livre, il serait donc nécessaire de conserver les choses en l’état actuel — à savoir le maintien des auteurs dans la précarité qui est actuellement la leur. »

Un message « faux, inacceptable et uniquement bâti sur la défense des intérêts économiques des entreprises que vous représentez », reprend la Ligue. Et de pointer que plusieurs maisons parviennent à agir « dans le respect de leurs auteurs sans que cela ne nuise à leur croissance ». De même, « la grande majorité des autres maisons d’édition tirent largement profit de la précarité de leurs auteurs », alors même qu’ils sont à l’origine des œuvres publiées.

Quelques chiffres émaillent le courrier, tirés du Baromètre des relations auteurs/éditeurs 2018 : les auteurs perçoivent 7,2 % de droits en moyenne, 25 % des créateurs n’ont pas d’à-valoir, et sur ceux qui en obtiennent un, il est inférieur à 3000 € pour 30 % d’entre eux.
 
Or, si l’année 2020 sera consacrée à la bande dessinée en France, 53 % des auteurs de ce secteur vivent avec moins que le Smic, et la moitié vit sous le seuil de pauvreté. Quitte à rester dans les chiffres, la Ligue reprend celui des 2,67 milliards € de chiffre d’affaires que brandit le SNE. Une somme « de poids dans les industries créatives, qu’il est indécent de qualifier de fragile au regard de la précarité galopante de celles et ceux qui sont à l’origine de cette vitalité économique et culturelle tant louée ».
 

Le rapport Racine tant espéré


Selon l’analyse que propose la Ligue, « [l]a crise sociale et économique que traversent les auteurs et autrices est directement imputable à la politique de maisons d’édition désireuses de maintenir une situation d’exploitation des créateurs plutôt qu’un réel partenariat liant auteurs et éditeurs ».

Surtout que le SNE sait œuvrer pour la défense du “droit d’auteur”, quand il s’agit de manœuvrer au niveau européen — mais également d’exploiter des œuvres sans avoir à demander l’autorisation des auteurs. Le cas de la numérisation d’œuvres indisponibles par ReLIRE est plus que significatif.

Mais la Ligue prend acte : le discours de Vincent Montagne était limpide et le refus de voir l’État intervenir « quand il s’agit de sauver nos métiers », tout autant. « Il est d’autant plus urgent que les pouvoirs publics légifèrent pour protéger davantage les créateurs et créatrices et leur donner enfin un cadre de travail digne », souligne alors l’organisation d’auteurs.

Peut-être que le rapport Racine, tant attendu, et ses recommandations apporteront plus de précisions. Il devait être présenté mi-novembre, a finalement atterri sur le bureau du ministre en décembre, mais depuis, pas de nouvelles. La Ligue l’attend en tout cas de pied ferme, appelant au contraire de ses vœux l’intervention de l’État.
 


Or, «s’il advenait que le rapport Racine soit amputé de mesures régulatrices, nous saurions que des pressions auront été exercées. La crise sociale, économique et administrative dans laquelle se trouvent nos populations professionnelles est sans précédent. L’heure est à la régulation pour davantage d’équilibre », conclut la lettre. 


Commentaires
Pour que tout le monde s'en sorte il faut des lecteurs. Ce n'est pas en mettant en avant la littérature préférée de l'oligarchie que l'on va faire évoluer quoi que ce soit. Il faut que les critiques littéraires mettent les pieds dans le plat. Critiquent les institutions que sont les prix et la rentrée littéraire au lieu de leur servir la soupe. Que l'on défende mieux les littératures de genre et pas que les romans qui ont un propos politique ou philosophique explicite.

Il est temps de défendre le sensible et pas seulement l'intelligible.
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.